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Lettre d’une consoeur sur le coronavirus : « ça n’est pas un rhume ou une grippette »

jeudi 26 mars 2020 par Marc Girard

Je reçois d’une consoeur, anesthésiste-réanimateur, la lettre suivante :

Je suis toujours incapable de me positionner ; pour moi ça n’est pas un rhume ou une grippette, il y a une mortalité inhabituelle et des réas encombrées de SDRA ça n’est quand même pas banal. Par contre, la réaction est disproportionnée ce qui m’inquiète bien plus que le coronavirus en lui-même. J’ai l’impression de vivre dans un film de SF. Les gens que je croise quand je vais courir sont terrorisés, c’est un vrai délire... Il n’y a plus d’oeufs dans les super-marchés de ***. Et le monde entier va finir confiné si ça continue ! C’est dingue...

Ma réponse

Dans un de nos premiers échanges, juste quand j’évoquais des problèmes personnels de santé, vous me répondiez spontanément à titre d’encouragement : « la médecine a fait beaucoup de progrès ».

Je crois que des insuffisances respiratoires d’origine infectieuse, en rapport avec un virus un peu plus vicieux que d’habitude, sont tout à fait dans les cordes de la médecine que vous me recommandiez. Mais ce qui n’est pas dans les cordes de notre système, c’est la capacité de discriminer et de traiter les cas graves. Une fois encore, quelques centaines d’infections respiratoires un peu sérieuses (assorties, le cas échéant, de quelques décès : bref, ce que j’appelle « l’anecdotique spectaculaire »), ce n’est RIEN pour pays de plus de 65 millions d’habitants [1] doté d’un système sanitaire efficient : certainement pas suffisant pour martyriser les gens sous une dictature indistincte et odieuse (quitte à s’intéresser à la iatrogénie, je pense qu’on s’achemine vers bien plus d’infanticides par épuisement maternel [2] que de décès pédiatriques par infection : mais on n’en parlera pas, et Marlène Schiappa aura forcément mieux à faire).

Cela m’avait beaucoup frappé, lors de mes études (c’est une de raisons pour lesquelles je n’ai pas choisi l’hôpital) : la vulnérabilité entretenue des soignants à la désorganisation. Il suffit d’avoir fréquenté une ou deux fois – avant le coronavirus – un Service d’urgences pour voir ce dont je parle. Pour ne prendre que cet exemple, rappelez-vous les heures perdues à attendre la visite du Patron… Ou l’immuable cérémonie du café : les gens n’ont jamais trop de travail pour y surseoir, puis se mettent à courir comme des fous ensuite. Voici 2-3 ans, je me rappelle avoir accompagné un proche aux Urgences un jour radieux de Fête des mères où il n’y avait personne, ce qui n’a pas empêché d’attendre les deux responsables (probablement une secrétaire et une infirmière) durant une bonne demi-heure, sur arrière-fond d’un bruit de tasses… Et c’était le rythme des Urgences...

C’est d’ailleurs cet arrière-fond culturel de gabegie organisationnelle qui a ouvert les portes au Cheval de Troie de la « rationalité gestionnaire » promue par Macron, Buzyn et leurs prédécesseurs. Les grands patrons qui, à juste raison, se lamentent aujourd’hui sur le saccage de notre système de santé (par exemple dans les colonnes du Monde diplomatique), étaient singulièrement muets [3] sur les abus qui ont fini par légitimer la brutalisation du système à fins d’économies dont certaines étaient indubitablement justifiées : par exemple, éviter de prescrire par dizaines des examens complémentaires récents, coûteux et parfaitement disponibles, sous réserve de ne pas avoir la flemme de les chercher dans le dossier...

« Les hommes, la plupart, sont étrangement faits. Dans la juste nature on ne les voit jamais. » (Le Tartuffe, I, 6)

[1] Où, statistiquement, on attend normalement quelque 50 000 décès par mois, peut-être un peu plus en hiver.

[2] Pourquoi "maternel" ? Parce qu’à la différence des stars du féminisme, j’ai quelques idées sur la sociologie de la misère...

[3] Pour ne pas dire "complices" : il faut aussi avoir connu les manoeuvres pour soutirer d’un patient ministre tel ou tel matériel prestigieux, hors de toute planification.


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