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L’esprit Wikipédia et la « main invisible » de la Toile

samedi 4 mars 2017 par Marc Girard

RÉSUMÉ – Partant d’un échange un peu vif avec un internaute à la suite de mon récent article sur le thème vaccins-autisme, on s’interroge ici sur la dynamique des forums Internet et sur la crédibilité des contributions qui s’y accumulent. On aboutit à l’idée que, à l’instar du libéralisme économique hérité d’Adam Smith, la « démocratie Internet » repose sur le fantasme d’une « main invisible » : que, de l’agrégation de toutes les incultures et de toutes les incompétences, la vérité d’un authentique Savoir finira par émerger comme par miracle.

Table des matières

  1. Introduction : Internet comme si vous y étiez
  2. Vide cognitif
  3. Appropriation d’un savoir
  4. Savoir sans savoir pour avoir le dernier mot
  5. La main invisible de la Toile
  6. Conclusion : le Meilleur des mondes

Introduction : Internet comme si vous y étiez

Pour des raisons dont je me suis maintes fois expliqué, la fonction Forum a été désactivée dès l’ouverture de mon site, en 2004. Via l’onglet « Contact », toutefois, il est toujours possible de m’écrire et, sauf exception rarissime [1], je mets toujours un point d’honneur à répondre, me réservant la possibilité de rendre publics certains échanges qui, à un titre ou à autre, me paraissent exemplaires ; le support d’un tel partage est généralement celui d’un post-scriptum que j’intègre dans un second temps à la fin de l’article qui a suscité l’échange.

Dans l’échange qui va suivre, cependant, j’ai pensé que la portée du développement qu’il avait inspiré justifiait de le présenter sous forme d’un article facilement individualisable (par son titre et par son placement dans le Plan du site [2]). En effet, l’article récent consacré au lien entre vaccinations et autisme a suscité la réaction suivante, sachant qu’il m’a fallu un peu de temps pour réaliser que mon contradicteur (appelons-le Dr X) était un médecin ; par le biais du copier/coller, j’ai scrupuleusement respecté son orthographe et sa syntaxe.

Premier message de mon contradicteur :

Objet : la psychanalyse ou les héritiers de Diaphoirus

"LA cause numéro 1 de cette épidémie, c’est la matriarcalisation de la société [8]". Voilà de la science béton !! Désolé mais l’article de Wakefield apporte plus que ce genre d’ânerie (ce n’est pas difficile...). Franchement quel différence de nature entre certains délires d’anti vaccinaux et ce genre de propos ?

Ma première réponse :

Objet : Question âneries

Avant de le prendre avec une telle hauteur, commencez par relire vos classiques – et par en apprendre l’orthographe. Si vous pensez qu’il faut avoir lu Freud pour repérer les signes d’une matriarcalisation, je ne peux rien pour vous : tenez-vous en à Wakefield, en effet, cela vous sera plus utile. Hi-han !

Deuxième message du Dr X :

Que ce soit Freud ou un autre gugus qui parle de matriaracalisation + la suite en note : C’est-à-dire le devenir attendu d’enfants qui n’ont jamais été confrontés, de près ou de loin, à une autorité paternelle, c’est-à-dire, pour achever d’être précis, à une autorité qui privilégie le respect du symbolique (« c’est la Loi ») sur la sujétion affective (« c’est pour ton bien »). On reste dans le délire psychanalytique ; si vous voulez me reprendre sur mon orthographe pourquoi pas c’est manifestement un point que vous maitrisez mieux que l’objectivité scientifique. En effet, le travail de Mr Wakefield semble plus utile que votre blabla diafoiresque ; vous pourriez au moins regarder le film qui le concerne avant d’en parler. Cela devient une habitude chez vous de discourir en précisant que vous n’avez pas tous les éléments à votre disposition mais de faire comme si ce n’était pas le cas. Voici un lien où ce médecin explique que les enfants avaient été prélevés avec le consentement des familles : https://www.youtube.com/watch?v=9Z5.... Enfin, outre l’orthographe vous maitrisez la condescendence (qui va avec le style ampoulé) notamment à l’égard de sa publication dans le Lancet qui est certainement en terme d’objectivité et d’utilité supérieure à vos âneries sur cette putain de matriarcalisation !

Ma seconde réponse :

D’où tirez-vous que « le consentement des familles » suffise à solder les problèmes méthodologiques posés par la sélection des sujets dans « l’étude » de Wakefield ? Pérorer aussi péremptoirement (sans autre argument que d’autorité) sur une recherche clinique à laquelle vous n’entendez manifestement rien, sans avoir l’humilité de faire vérifier votre orthographe (ne serait-ce que par un correcteur automatique), est typique d’un fantasme de toute-puissance : l’espèce illustre mon constat qu’on n’a pas besoin d’ovaires ni de seins pour sacrifier au matriarcal… Putain ou pas…

Troisième message du Dr X :

Il faut savoir soit vous parler d’éthique (Si la chose est vraie (et je n’ai pas la notion qu’elle ait jamais été démentie), elle suggère un déficit éthique et une désinvolture scientifique [3] plus que préoccupants) et cela concerne le consentement des familles soit vous parlez de méthodologie ! Pour parler de la méthodologie de l’étude en question encore faut il l’avoir lue ! Par ailleurs, déduire de mon orthographe que je suis dans la toute puissance relève en effet d’une méthodologie remarquable (typiquement psychanalytique) de même que le concept de matriarcalité. L’hôpital qui se moque de la charité en quelque sorte ! Qui est dans la toute puissance ? On se le demande. Sachez Monsieur le méthodologiste que j’ai terminé le CESAM à l’UPMC l’année dernière et je fais ce semestre le module STARC du même diplôme. Ceci ne fait pas de moi un méthodologiste mais me permet au moins de comprendre de quoi il s’agit. Par ailleurs n’étant pas psychanalyste je m’abstiens de parler de choses que je ne connais pas.

Ma troisième réponse :

Le lien entre « éthique » et « méthodologie » est une grande question, en effet. Pas sûr que le CESAM vous ait donné les moyens de la « comprendre »…

Vide cognitif

Malgré le ton péremptoire (« sachez (…) que », « il faut savoir », « sachez Monsieur le …) et la virulence (« votre blabla ») de mon contradicteur, ce qui me frappe d’abord, c’est l’incapacité de ce dernier de fonder ses critiques sur un savoir même minimal. Quatre exemples.

  1. Je veux bien être un « Diaphoirus » (sic) mais, par rapport au réquisitoire extrêmement précis de Molière (Acte II, scène 5), sur la base de quelle ressemblance précise avec le personnage de la pièce ? i/ Mon retard scolaire allié à ma « pesanteur d’imagination » ? ii/ Ma propension à participer à « toutes les disputes » (quand, malgré de multiples sollicitations, j’ai attendu près de vingt ans avant de publier un très modeste commentaire sur l’affaire Wakefield et sur l’hypothèse d’un lien vaccin-autisme) ? iii/ Mon attachement « [aveugle] aux opinions de nos anciens », notamment celles de l’Académie, de l’Ordre ou du HCSP ? iv/ Mon refus passéiste « des prétendues découvertes de notre siècle » (quand je n’aurais pas de peine à montrer que, sur bien des sujets qui font maintenant le fonds de commerce des « lanceurs d’alerte », j’ai quelques longueurs d’avance) ? v/ Ma fascination non dissimulée pour le corps féminin, mais à la condition expresse qu’il en soit arrivé au stade de la dissection ? vi/ Mon engagement connu visant à garantir que les médecins n’aient « à répondre de [leurs] actions à personne » ?...
  2. Je veux bien passer les bornes du politiquement correct en évoquant une « matriaracalisation » (sic) qui met manifestement mon contradicteur hors de lui et d’une façon étonnamment suspecte [3], mais à quel moment ai-je eu besoin de me référer à « Freud ou un autre gugus (sic) » pour introduire l’idée [4] ? Ne me suffisait-il pas de renvoyer – et même implicitement en l’espèce – à l’expérience de tout un chacun ? Par exemple, au constat que dans les reportages consacrés à « l’autisme », c’est probablement neuf fois sur dix le témoignage de la mère qui est présenté. Par exemple, encore, que depuis la féminisation de l’enseignement, il soit si courant d’entendre des élèves gémir que telle démonstration mathématique n’est pas conforme à « la méthode de LA prof », en allégeance à un interdit désormais banal mais que, personnellement, je n’avais jamais entendu au cours de mon long cursus dans cette matière a priori fort abstraite [5].
  3. Je veux bien être mentalement assez confus pour mélanger « éthique » et « méthodologie », mais c’est un B A BA de recherche clinique qu’une investigation méthodologiquement foireuse est forcément inéthique [6].
  4. Je veux bien être un « âne » freudien ou un « gugus » apparenté. Mais je peine à prendre l’attaque au sérieux quand elle vise à réfuter un propos (« matriarcalisation ») où la référence à Freud n’avait joué aucun rôle. Je peine d’autant plus quand cette attaque provient d’un contradicteur qui finit par avouer, sans mesurer l’incongruité du propos, « n’étant pas psychanalyste je m’abstiens de parler de choses que je ne connais pas » : s’il ne « connaît » pas Freud, pourquoi a-t-il pris l’initiative de l’introduire – de surcroît à un endroit du débat où le Maître de Vienne n’était pas convoqué ?

Bref et pour résumer : je veux bien que mes contradicteurs se calent confortablement dans « le monde rêvé des anges » [7] où les différences de sexe perdent toute signification, je veux bien que l’histoire des mères n’ait aucun rapport avec l’histoire des soins et de la médecine, mais celui qui entend me traiter « d’âne » parce que j’assume de penser exactement le contraire a quand même intérêt à s’acheter des biscuits avant de s’embarquer pour la croisade…

Appropriation d’un savoir

Sur la base des exemples qui précèdent, la vacuité de la critique qui m’est faite est parfaitement démontrée. Cependant, cette critique n’adopte pas la seule forme qui serait adaptée à une telle vacuité, à savoir celle de l’insulte : « connard », « fils d’imbécile », « va te faire *** » – ou, pour s’en tenir aux grands classiques : « bachibouzouk », « papou des Carpates », « mérinos mal peigné », « bougre d’extrait de cornichons », « mitrailleur à bavette », « bulldozer à réaction », etc. Pour mon contradicteur, pas de doute : nous sommes dans rien de moins qu’une controverse entre pairs, avec même avantage en faveur de celui qui prétend maîtriser « l’objectivité scientifique », qui pose péremptoirement un diagnostic de « délire » chez son interlocuteur et qui décrit comme incontournables les sources qui comptent à ses yeux [8].

Par quel biais peut-on ainsi passer d’une vacuité aussi patente à l’apparence d’une controverse – scientifique, de surcroît ? Tout simplement – et nous sommes là dans le fonctionnement quotidien des forums – par l’usage de ce qui tient lieu, aujourd’hui, de « sources ». Dans une telle dynamique, le stigmate de l’imposture, au-delà du clinquant des « références » (CESAM, STARC, UMPC, Lancet, Molière), c’est justement l’incapacité de s’approprier le contenu desdites références [9].

  • Ainsi, mon contradicteur se réfère à un diplôme (STARC) censé garantir qu’il « comprend » ce dont il parle en matière d’essais cliniques, mais il ignore le lien pourtant évident entre éthique et méthodologie [10]. De même qu’à ses yeux, le consentement des parents suffirait à valider les procédures d’inclusion dans un essai pédiatrique : pour apprécier la profondeur et l’autonomie de sa réflexion à ce sujet, rappelons que l’on a déjà vu des parents « consentir » à la prostitution de leurs enfants (et rappelons lui, bien confraternellement, l’existence d’un « syndrome de Münchausen par procuration » [11], qui est une forme parmi d’autres de consentement parental, pourtant peu compatible avec l’éthique)…
  • Ainsi encore, l’incapacité d’orthographier correctement le nom du médecin de Molière suggère que mon contradicteur n’a pas dû souvent méditer la pièce, pour autant qu’il l’ait jamais lue.
  • Ainsi encore, je veux bien que l’article de Wakefield « apporte » beaucoup mais, au-delà des pétitions de principe, j’aimerais savoir précisément quoi.
  • Ainsi toujours – et même si c’est un argument béton des controverses sur Internet –, je ne pense pas qu’il faille avoir « tout » lu (et intégralement) sur un sujet pour en prendre la mesure [12] : pour autant que, cherchant plus loin que son petit nombril, on prenne la mesure de tout ce qui peut être publié sur un sujet (incluant, cela va de soi, les sources en arabe, en chinois, en japonais, en hébreu, en néerlandais, en allemand, voire en latin ou en grec ancien, etc.), si la pensée d’un individu était menacée d’effondrement à chaque source non lue qu’on pourrait lui opposer, c’est toute possibilité de vie intellectuelle qui se verrait compromise [13]. Sacré stigmate d’inculture, en vérité, que de prétendre imposer comme incontournable telle ou telle référence : ne serait-ce que parce que, si elle est effectivement incontournable, elle a dû faire l’objet d’innombrables gloses – certaines bien plus lumineuses que l’original – dont on peut avoir eu connaissance [14]. Bref, c’est un indicateur sûr de vaste inculture (que l’on rencontre à tous les coins de la Toile) d’imaginer que, dans quelque domaine que ce soit, il faudrait avoir « tout » lu – ou, plus précisément, ce que le moi-je de votre contradicteur a retenu comme indispensable, Wakefield en l’espèce ou, autre exemple parmi bien d’autres, l’inénarrable S. Simon.
  • Ainsi, enfin, et même si j’ai la plus grande compassion pour les humbles qui n’ont pas pu bénéficier d’une formation scolaire approfondie et le plus grand respect pour ceux d’entre eux qui ont un vrai savoir ou une authentique expérience de vie, je maintiens que quand on a la prétention de se présenter en Sachant – et avec quelle arrogance –, c’est la moindre des tenues intellectuelles et des limitations structurantes que de respecter autant que faire se peut la syntaxe et l’orthographe [15], et de ne pas disséminer avec indifférence des fautes grossières qui seraient détectées par le moindre des correcteurs automatiques [16].

À y regarder de plus près, on se rend compte que la rigidité et l’intolérance de ceux qui, grâce à Internet (et, il faut le dire, aux médias), se présentent en « Sachants », voire en contre-experts, viennent justement d’une adhésion fanatique à des sources ou des pseudo-sources qui confèrent une sorte d’enracinement formel à leur superficialité : elles leur paraissent d’autant plus incontournables qu’ils ne se sont pas suffisamment approprié leur contenu pour aller au-delà d’une citation servile et, encore plus, pour en hiérarchiser la valeur. Ils ont bien la vague notion que le savoir est une construction collective, mais n’ont pas la moindre idée de la façon dont ça marche en pratique. Deux exemples, là encore tirés de l’expérience, mais dont la portée me paraît aller de soi.

  • Voici quelques années, un site Internet (de mémoire, c’était Agoravox ou Carevox) avait repris un de mes articles où je soutenais que même les autorités sanitaires reconnaissaient qu’en matière de scléroses en plaques après vaccination contre l’hépatite B, le nombre de cas « observés » dépassait le nombre de cas « attendus » [17]. Presque instantanément, un internaute intervint sur le forum pour demander avec indignation d’où je sortais cela : il s’ensuivit une vive discussion avec d’autres internautes qui, comme souvent en ce type de lieu, bascula vite à l’insulte et qui se focalisa sur la question de savoir si j’étais, ou non, un type crédible. Aucun des intervenants (tous aussi assertifs les uns que les autres) ne s’était aperçu que, comme d’habitude dans une communication scientifique, j’avais évidemment référencé mon propos en renvoyant à la publication princeps des autorités françaises, parue dans un journal tout ce qu’il y a de plus standard (British Journal of Clinical Pharmacology, en l’occurrence). En d’autres termes, aucun de ces experts auto-proclamés (assez arrogants pour prendre le public à témoin de leurs élucubrations médico-scientifiques et de leur opinion personnelle sur la crédibilité d’un professionnel du médicament) n’avait la moindre notion de ce que l’on appelle une « référence » dans la littérature scientifique…
  • Voici également quelques années, une journaliste assez en vue du site Rue89 (dont les forums sont un espace de rencontre bien connu pour bouffons omniscients) me passa commande d’un article au sujet de je ne sais plus quoi (probablement la grippe H1N1). Doté d’un certain professionnalisme rédactionnel (l’essentiel de ma vie intellectuelle ayant consisté à rédiger des textes médico-scientifiques), je lui fournis, dans les délais prescrits, un article « clé en main », respectant notamment, quasiment au caractère près, le cadrage qu’elle m’avait fixé. À ma grande surprise, mon interlocutrice – qui était alors une gamine, de surcroît visiblement inculte comme souvent dans les médias – le prit de très haut et, rapidement, annonça son intention de « rewriter » mon texte, tout en conservant ma signature (mes plus fidèles lecteurs subodoreront sans difficulté qu’on arrivait là à une situation de casus belli…) : à l’entendre, je ne « démontrais pas » mes affirmations (et elle n’avait donc aucun doute quant à sa capacité de « démontrer » à ma place sur un sujet où, pourtant, c’est bien elle qui avait éprouvé le besoin de me solliciter…). Un peu intrigué par le reproche, je l’amenais à formuler que je ne fournissais aucune « référence » (mes lecteurs tendant plutôt à me reprocher d’en fournir trop et que c’est fatiguant). En réalité et comme d’habitude encore, j’avais bien entendu référencé toutes celles de mes affirmations qui l’exigeaient : mais je découvris alors que pour la journaliste en question, une « référence », c’était un lien Internet sur lequel il suffirait de cliquer (pour constater sans douleur que d’autres internautes avaient également parlé du même sujet), et non pas ce que, dans le débat intellectuel, on appelle classiquement « une référence » – c’est-à-dire en l’espèce un article de la presse internationale dont l’accès exige, effectivement, un minimum d’expérience et d’insertion réelle dans le monde scientifique (ne serait-ce que sous forme de demandes auprès de collègues abonnés à d’autres bases ou bibliothèques que les miennes). Malgré ses responsabilités éditoriales et son autoritarisme intellectuel parfaitement décalé par rapport au réel, elle non plus n’avait pas la moindre notion de ce qu’on appelle une « référence ».

Savoir sans savoir pour avoir le dernier mot

Juste pour marquer une pause-fun tout en illustrant mon propos de façon récréative, je reproduis ci-après un exemple de ce que fournit la procédure du lien Internet qui semble remplir la fonction de « référence » aux yeux de ceux et celles qui s’arrogent le droit d’organiser ou d’alimenter le débat dans les médias. Interrogé par une correspondante, je lui avais communiqué l’explication assez classique que donnent les manuels de physiologie pour justifier qu’à poids corporel équivalent et à doses identiques, l’alcool serait en moyenne plus toxique chez les femmes que chez les hommes : à savoir que les seconds ont généralement plus de tissu musculaire et moins de tissu adipeux (les seins, par exemple, sont principalement composés de graisse), que le composant principal du muscle c’est l’eau et que comme rien ne dilue mieux l’alcool que l’eau, les concentrations locales sont a priori moins élevées chez le buveur que chez la buveuse. Cette explication ressortissant à une élémentaire culture médicale, je n’aurai pas la prétention de clamer, en expert d’alcoologie que je ne suis pas, si elle est, ou non, irréfutable, mais elle me paraît à tout le moins crédible. En tout cas, apparemment satisfaite, ma correspondante eut l’idée de diffuser sur les réseaux sociaux ma modeste leçon, déclenchant aussitôt la contre-expertise qui suit (dont je respecte rigoureusement la forme grâce encore au couper/coller).

Pour la resistance a l’alcool aussi c’est faux...sa par contre je peut m’expliquer... Quand on boit (n’importe quelle individu) on s’empoisone a l’etanol...l’alcool en est blinder... Le foie recoit cette etanole qui et toxique et le decoupe en micro parti puis il rajoute un H² se qui donne Hetanole qui est inofencif pour le corp il est vrai qui faut de l’eau pour que le foie effectu se changement moleculaire donc il pompe l’eau du corp et voila(au bout d’un moment quand y a plus d’eau il pompe au cerveau...la ou il devrai pas...d’ou la geul de bois le matin le cerveau et comprimer et priver d’eau...faut boire de l’eau pour que sa passe et pas du cafee comme tout le monde croit car le cafee...pompe l’eau aussi et agrave les chose) Sa depend des persone et des enzymes certain vont reusir se processus facilement d’autre non... chaque persone et different certain ne boivent pas beaucoup d’eau et il se porte tres bien d’autre en boivent plein et se porte bien aussi... Je n’arrive pas a me faire comprendre mais je sait que c’est faux^

On a le droit de penser que les critiques de mon confrère qui ont introduit le présent article sont quand même du niveau au-dessus. Mais outre que pour les comparer, il faudrait faire intervenir le paramètre de la durée des études suivies par les intéressés (que j’ignore dans les deux cas), l’essentiel, pour la présente contribution consacrée à « la démocratie Internet » [18], tient à une inspiration exactement commune entre ces deux intervenants : je sais sans savoir – et je revendique même cette ignorance pour légitimer ma prétention de savoir. Le premier assène que la psychanalyse convient juste aux ânes avant de concéder sans fard qu’il n’y connaît rien, le second semble assez conscient que ce qu’il dit est incompréhensible, tout en maintenant qu’il « sait » distinguer le vrai du faux. Au royaume des gens qui n’ont plus la moindre idée de ce que pourrait être le faux par opposition au vrai, Savoir sans savoir c’est s’arroger le droit de parler – et publiquement – sans éprouver le besoin de légitimer cette prise de parole, voire en la justifiant par une incompétence assumée : « je m’abstiens de parler de choses que je ne connais pas » et c’est pourquoi je m’autorise à dénigrer péremptoirement ceux qui les connaissent, de même que « je peut m’expliquer (…) je n’arrive pas à me faire comprendre mais je sait »… L’enjeu n’est donc pas la quantité et, encore moins, la qualité des informations échangées dans une dynamique de communication : c’est de prendre la parole et, moyennant l’aveu de son incompétence, de s’épargner le risque le plus immédiatement encouru dès qu’on prétend parler – l’épreuve de la réfutation. L’enjeu, c’est de prendre la parole et d’avoir le dernier mot [19], même si l’on a rien à dire : il suffit de se reporter à n’importe quel forum pour voir comment ça fonctionne [20].

Parler sans savoir et, par conséquent, sans avoir l’obligation morale de vérifier : il suffit qu’en cliquant, je puisse me convaincre que je ne suis pas seul à parler et m’entretenir dans l’illusion que je suis écouté. Il y a, dans « la démocratie Internet » telle que promue, entre autres, sur Rue89, un phénomène psychique assez comparable à la fascination automatique qu’exercent les images télévisuelles : de même que l’on peut capter l’attention d’un gamin de 4 ans en le posant devant l’interview en allemand d’un parlementaire bavarois (F. J. Strauβ, en l’espèce), on peut satisfaire l’internaute moyen en lui octroyant, via les forums, le droit de parler, même de n’importe quoi, tout en l’entretenant dans l’impression qu’il participe au débat [21]… Par rapport à une pensée aussi plate, en contenu, qu’une feuille de papier à cigarette, l’interconnectivité produit une illusion de profondeur [22] : par contraste, quand on s’est effectivement approprié un savoir ou une pensée, on n’a pas constamment besoin de se rassurer en multipliant les connexions qui en imposent pour des références.

Quel bonheur de se retrouver ainsi « seuls ensemble » [23] à bêler dans la bergerie ou à aboyer dans le chenil !… Voilà bien la dernière trouvaille du néo-capitalisme : permettre à la majorité silencieuse de brailler…

« Démocratie Internet », on disait ?...

La main invisible de la Toile

Cette dernière trouvaille de la sauvagerie capitaliste fonctionne, au fond, exactement sur le même mythe que le libéralisme : celui de la « main invisible ».

Rappelez-vous : en matière économique, si l’on en croit Adam Smith (La richesse des nations), la confrontation des intérêts égoïstes concourrait à l’intérêt général. Mettez ensemble des escrocs, des maquereaux, des voleurs, des profiteurs, des Robert Macaire, des héritiers aussi idiots qu’arrogants, des actionnaires abominablement indécents, des capitalistes dépourvus du moindre scrupule – bref, une armée de gens peu recommandables exclusivement motivés par l’espoir de maximiser leurs profits dans les plus brefs délais : par la grâce de la Main invisible, vous allez – si vous les laissez faire – arriver à un état de prospérité économique et de félicité sociale. Et s’il suffit de la moindre observation du Réel pour constater que le résultat de l’équation n’est pas celui annoncé par « la science » économique, c’est qu’il existe encore des ignares comme vous et moi pour fantasmer que le paramètre oublié qui expliquerait l’erreur de calcul, ce serait l’exigence morale appliquée à la politique : demandez à Fillon…

Moyennant « le sacre de l’amateur » [24], c’est exactement sur le même type de fantasme que repose l’illusion de « la démocratie Internet ». Mettez dans un espace virtuel commun des ratés qui font le bras de fer rétrospectif avec les Grands Anciens, des frustrés qui se fantasment en leaders politiques quand ils ne sont même pas capables de dire bonjour à leurs voisins, des abonnés chroniques à la place jouxtant le radiateur, des minables qui s’imaginent peser sur l’organisation du monde alors qu’ils n’ont jamais pris le moindre risque réel dans leur vie minuscule, des impuissants qui surévaluent comiquement leur pouvoir de pénétration, des ignares dont la culture scientifique se limite à la notice de leur souris informatique, etc. – et vous allez bâtir un monument inégalé de savoir « démocratique » – même si l’histoire des sciences ou des arts nous enseigne de façon indubitable qu’il n’y a rien de moins démocratique que la progression du savoir ou du savoir-faire, et que les précurseurs ont souvent été des gens atrocement seuls…

Comme tout le monde, j’ai bien entendu parler de cette étude supposée montrer, sur quelques sujets classiques, que la fiabilité de Wikipédia serait au moins équivalente à celle des grandes encyclopédies (Britannica, etc.). Mais outre qu’il conviendrait peut-être d’y regarder de plus près quant aux critères d’évaluation choisis par les auteurs de l’étude, il n’y a rien pour bouleverser mon épistémologie dans le fait qu’en exploitant le travail antérieur de gens qui fonctionnent sur des critères (vérification, hiérarchisation des sources…) exactement antagonistes de ceux cultivés par Wikipédia, on puisse parfois aboutir à une compilation acceptable. Parfois…

Là encore tiré d’une expérience personnelle, le contre-exemple qui suit me paraît fort éloquent. Pour des raisons que j’ignore, j’ai – durant quelque temps – fait l’objet d’une notice biographique sur Wikipédia (version française au moins). Au contraire de ce qui semble la règle dans toutes les entreprises antérieures du même genre (telles que les Who’s who ?), il me paraît très frappant qu’aucun des contributeurs n’ait jamais éprouvé le moindre besoin de me soumettre le projet (d’ailleurs fort médiocre) – au moins pour avis.

  • Certes, je peux falsifier plus ou moins ma biographie : mais détecter la fraude ou l’erreur, n’est-ce pas justement au cœur du travail de vérification qui devrait présider à toute entreprise de collecte et de dissémination du savoir ? Faut-il comprendre alors que les contributeurs de Wikipédia ne disposent pas des fondamentaux méthodologiques et épistémiques nécessaires pour distinguer le vrai du faux et, notamment, pour s’orienter dès qu’on en arrive à des sujets potentiellement controversés [25] ?
  • Certains vieux cons à l’ancienne mode, comme vous et moi, pourraient imaginer que, pour ce qui concerne MA biographie, je suis quand même la source a priori la plus crédible. Mais en l’espèce, ce refus – hautement assumé comme « démocratique » – de privilégier telle ou telle autorité sur un sujet donné révèle, en fait, le déficit méthodologique le plus criant de l’entreprise Wikipédia : celui qui concerne, justement, la recension critique des sources. Il s’avère, en effet, que n’étant ni une star du showbiz, ni un « lanceur d’alerte » forcément fameux, ni – encore moins – une fille de Brest, je n’ai jamais fait l’objet de la moindre enquête indépendante sur ma vie : pour le dire autrement, je suis la seule source disponible sur ma biographie, de telle sorte que prétendant aborder le sujet, même sommairement, les contributeurs de Wikipédia n’ont pu faire autrement que de se référer à moi – et même à moi comme seule référence. Dès lors, la boucle est bouclée : quoique meilleur connaisseur disponible sur sa biographie, Marc Girard s’est trouvé par principe boycotté par les rédacteurs de Wikipédia (dans la « démocratie Internet », on ne hiérarchise pas entre ceux qui prétendent connaître), lesquels, néanmoins, n’ont rien eu d’autre à se mettre sous la dent que la version du dénommé Marc Girard. En d’autres termes, on s’en est tenu – tant bien que mal – au meilleur spécialiste du sujet, tout en affectant de l’ignorer au nom d’un idéal « démocratique » réfutant qu’un individu pût être plus crédible que les autres [26]. On aperçoit mieux, dès lors, l’aveuglement méthodologique idéologiquement inspiré qui rend compte de la facilité avec laquelle Wikipédia peut se faire balader, à son insu, par les pires lobbies.

Conclusion : le Meilleur des mondes

C’est un symptôme particulièrement alarmant de la modernité que, par contraste avec l’ancien idéal anarcho-socialiste qui faisait de l’instruction la clé du bouleversement sociétal auquel les misérables aspiraient de toutes leurs forces, l’école de la République soit désormais si zélée à enseigner « l’ignorance », pour reprendre le titre d’un livre de Michéa [27].

Sur la base de cet anti-apprentissage, la fonction la plus immédiate de la Toile, c’est – au contraire des vieux prolétaires qui se massaient aux cours du soir ou s’épuisaient à lire la nuit – d’accoutumer les contemporains à se complaire dans leur ignorance et à se réjouir que le Meilleur des mondes soit enfin advenu.

[1] En rapport avec les troubles mentaux trop manifestes de mon correspondant : celles de mes contributions consacrées aux abus de la psychiatrie m’attirent des gens qui prétendent témoigner desdits abus…

[2] C’est l’occasion de justifier que, à tort ou à raison, je n’utilise quasiment pas la fonction « mots-clés » de l’interface SPIP car, à l’expérience, il me semble que la fenêtre de recherche en texte libre est bien plus facile et performante.

[3] Allongez-vous et parlez-moi de votre enfance…

[4] Sous toutes réserves compte tenu du volume de l’œuvre et de sa langue originale, je n’ai d’ailleurs pas l’impression que Freud ait jamais employé le mot « matriarcalisation ».

[5] Certains de nos enseignants, parfois chercheurs de premier plan, nous félicitant lorsqu’on avait trouvé une démonstration à laquelle ils reconnaissaient n’avoir point pensé…

[6] Pour la raisons simple que si l’étude est méthodologiquement inadéquate, elle sera inexploitable et que, même modéré, le risque additionnel inhérent à une procédure expérimentale est jugé éthiquement inacceptable s’il n’est pas compensé par un bénéfice de connaissance.

[7] B. Levet. La théorie du genre ou le monde rêvé des anges, Grasset, 2014.

[8] Sachant de plus que mes contradicteurs les plus virulents gardent le monopole de l’indignation en interprétant comme violence intolérable la moindre réfutation de leurs excès : ainsi de ma « condescendence » (sic) évidemment déplorable à l’endroit de quelqu’un qui est arrivé bille en tête pour dénoncer « mes âneries ». C’est ainsi que j’ai récemment appris d’un contributeur de la Toile également médecin, terriblement anonyme, évidemment omniscient ou quasi, que j’étais « un type franchement désagréable » : nul doute que ce soit un « désagrément » pour les auctoritates de tout poil (académiciens et internautes bouffons inclus) de se voir sommé de justifier le savoir ou l’expertise au nom desquels elles prétendent exercer une domination objective sur les pauvres et sur les faibles

[9] Pour autant qu’elles soient pertinentes, ce qui est loin d’être toujours le cas : pour des raisons déjà exposées, je ne suis pas certain, par exemple, que les travaux – rétractés – de Wakefield – lui-même radié à vie – méritent d’être tenus pour des « sources ». Certes (et je l’ai dit), je n’ai aucune déférence a priori pour les sanctions prises par les ordres professionnels ou par leurs équivalents à l’endroit de quiconque ; mais réciproquement, je pense que quand on a la prétention de défier le système, c’est une question d’élémentaire intelligence stratégique (et, d’une certaine façon, d’humilité structurante) que de ne pas renforcer ledit système en donnant, par son débraillé moral ou comportemental, trop facilement prise à ses diktats…

[10] On mesurera, de toute façon, la profondeur épistémologique d’une réflexion qui pose comme allant de soi une compétence chez les titulaires d’un diplôme quel qu’il soit : parlons-en à nos 90% de bacheliers…

[11] C’est-à-dire cette forme de maltraitance qui conduit un parent à solliciter, pour son enfant, des prises en charges médico-chirurgicales aussi multiples qu’inappropriées et mutilantes.

[12] C’est la fameuse question des « critères indirects de crédibilité » que j’ai déjà souvent évoquée sur ce site.

[13] C’est un vieux truc débile quoique de plus en plus à la mode dans les médias que de « coller » un intervenant sur un point de détail que l’on a pris la peine de vérifier juste avant : le prix du ticket de métro ou du croissant, la composition d’un vaccin (incluant tous les excipients), l’âge du capitaine – bref : Le Jeu des Mille Francs désormais présenté comme le top de la crédibilité (scientifique ou politique). À cet égard, la polémique organisée autour de la ministre avouant qu’elle n’avait pas lu Modiano m’est apparue doublement lamentable : i/ par la nature du grief (au nom de quoi faudrait-il tenir quiconque pour incontournable ?) ; ii/ par la pitoyable impuissance de F. Pellerin à proclamer hautement qu’elle ne reconnaissait à personne le droit de lui imposer ses lectures. Je n’ai pas lu non plus Modiano (parmi tellement d’autres dont j’ignore tout), et j’attends de pied ferme qui prétendrait m’en faire reproche…

[14] S’il n’y avait que l’original de ses œuvres pour en prendre la mesure, ils ne seraient pas bien nombreux ceux qui maîtrisent tant soit peu la « théorie de Galois »… Je ne suis pas certain, non plus, que la majorité des physiciens aient jamais eu la curiosité de lire Newton comme source.

[15] Par inattention et, parfois, par ignorance, nous faisons tous des fautes (voici déjà un certain temps, une aimable lectrice m’avait fait remarquer que je confondais manifestement "martyr" et "martyre", ce qui était malheureusement exact ; j’ai d’autres exemples du même genre.) : la question est de savoir dans quelle proportion et, plus encore, ce que nous faisons pour en limiter la fréquence.

[16] C’est un état d’esprit et un mode de relation à l’Autre bien évocateurs que de ne jamais éprouver le besoin de vérifier : alors que j’ai lu Le Malade imaginaire des dizaines de fois, l’inconcevable assertivité de mon contradicteur m’a immédiatement conduit à rechercher – et avec inquiétude – si, pour une raison ou pour une autre que j’eusse ignorée, l’orthographe « Diaphoirus » ne pouvait pas être admise… Sur la base de cet exemple, on peut donc s’interroger sur ce qui dénote la "condescendance" en matière d’orthographe et de syntaxe : se donner la peine, et à tout moment, de consulter un dictionnaire (même sur un mot courant), passer un long moment (éventuellement en sollicitant le secours d’un tiers) à rechercher la règle sur une construction délicate, s’interroger anxieusement sur la justification du point par rapport au point-virgule, de la virgule par rapport à la parenthèse, de la parenthèse par rapport au-demi quadratin ?... Pour pratiquer cette discipline quotidiennement (et même en déplacement : j’ai un Grand Robert à demeure sur mon ordinateur portable...), j’ai l’impression que l’humilité et le respect de l’Autre ne sont pas du côté de ceux qui privilégient l’éructation sur la vérification.

[17] Je soulignais que dans une vie pourtant consacrée à la pharmacovigilance, je n’avais encore jamais vu une situation aussi inquiétante, compte tenu de l’ampleur de la sous-notification.

[18] D. Cardon. La démocratie Internet. Promesses et limites, Seuil, 2011.

[19] Le propre des états totalitaires, c’est "le refus de tout espace pour une pensée et une expression artistique indépendantes" (Ch. Harman. Une histoire populaire de l’humanité, La Découverte, 2015 : 555). Le génie du néo-capitalisme, c’est d’accréditer l’existence d’un espace de liberté sans précédent, tout en déléguant aux individus la mission de colmater, par leur logorrhée, tout espace où pourrait s’insinuer un reliquat d’indépendance spirituelle ou intellectuelle. Il est facilement vérifiable par l’expérience que dans son influence sur la dynamique de la démocratie, l’excès de discours produit les mêmes effets que la pire des censures : les bouffons des blogs et des forums sont les mercenaires les plus zélés de la pensée unique, le sabotage de la parole politique étant la fonction la plus évidente de la Toile. Pour reprendre le titre d’un ouvrage de Boltanski et de Chiapello que je cite souvent, on pourrait dire que les drogués des forums incarnent le nouvel esprit de la censure capitaliste.

[20] Je suis souvent confronté à ça avec les anti-vaccinalistes : on alimente leur inépuisable logorrhée en leur répondant (car ils ont réponse à tout), tandis que si on les ignore, ils se gobergent de leur victoire par KO…

[21] Alors que, dans le même temps, la dominante culturelle environnante parfaitement intégrée par la plupart, c’est que sur tout ce qui touche à l’essentiel (notamment politique), il n’y a pas d’alternative – et pas de débat possible, par conséquent.

[22] Un peu comme les plus paumés peuvent s’enorgueillir du nombre de leurs « amis » sur Facebook alors qu’ils n’en ont aucun dans la vie…

[23] Sh. Turkle. Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines, Éditions l’Échappée, 2015.

[24] P. Flichy, Le Sacre de l’amateur. Sociologie des passions ordinaires à l’ère numérique, Seuil, 2010.

[25] Il suffit d’aller consulter la rubrique « vaccins » pour constater que sous couvert d’une recension censément impartiale, la résultante est grossièrement orientée : précisément parce que ce qui manque le plus évidemment aux contributeurs de cette rubrique, c’est la compétence pour hiérarchiser les références disponibles en fonction de leur crédibilité scientifique.

[26] Idéal « démocratique » qui, comme toutes les élucubrations philosophiquement mal fondées, frôle le religieux. Car, à entretenir l’illusion qu’il suffirait de confronter les contributeurs de toutes origines et de n’importe quelle compétence pour voir se dégager la Vérité, on en arrive vite à renouveler l’espoir que « Dieu reconnaîtra les siens »…

[27] L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, Climats, 2006.


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