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Vaccinations, autisme et mercure

mercredi 15 février 2017 par Marc Girard

RÉSUMÉ – Interrogé à propos d’un documentaire intitulé Vaxxed et réalisé par A. Wakefield, je propose ici une brève analyse des polémiques autour de ce personnage, en y ajoutant quelques commentaires sur « l’épidémie » d’autisme et sur la toxicité présumée du mercure.

Suite à la diffusion (apparemment sur YouTube) d’un film intitulé Vaxxed, centré sur le lien entre vaccination-autisme et sur d’éventuelles falsifications opérées par les autorités de santé, un confrère et fidèle lecteur me demande mon avis. Il m’interroge, notamment, sur « l’augmentation exponentielle » de l’incidence de l’autisme et sur les éventuelles causes immunitaires qui pourraient rendre compte de cette augmentation.

Wakefield, ses amis et ses ennemis

Je n’ai pas vu le documentaire en question parce que : i/ je ne regarde quasiment jamais de vidéos (à durée comparable, le volume d’informations que l’on peut tirer d’un document écrit est sans commune mesure avec celui contenu dans une vidéo) ; ii/ je n’ai encore jamais rencontré de journaliste capable de retransmettre fidèlement les informations qu’on lui avait transmises – et je me défie donc énormément de tout ce qui, de près ou de loin, est sorti d’une collaboration avec des membres de cette profession ; iii/ sur la base de ceux que je connais, j’ai de sérieuses objections quant à la crédibilité des supporters de Wakefield [1] ; iv/ je n’ai aucun intérêt pour les polémiques qui occultent des problèmes généraux derrière la glorification d’un pseudo-héros : j’ai lu La Légende dorée en temps utile – quand j’étais petit – et mon engagement politique ne passe pas par le culte des martyrs [2].

Je suis loin d’avoir tout lu sur l’affaire Wakefield ; cependant, en bon freudien, je me suis d’abord intéressé à un historique d’apparence anecdotique, mais qui m’est apparu éminemment significatif : que, semble-t-il de son propre aveu, l’intéressé ait profité d’une « party » organisée chez lui à un anniversaire de son jeune fils pour opérer des prélèvements sanguins chez les gamins invités. Si la chose est vraie (et je n’ai pas la notion qu’elle ait jamais été démentie), elle suggère un déficit éthique et une désinvolture scientifique [3] plus que préoccupants.

Cela posé, l’acharnement du Lancet et des responsables médicaux britanniques à l’endroit de Wakefield me paraît scandaleusement sélectif : si l’on commençait à saquer tous ceux qui racontent des conneries à propos des vaccins, il y aurait de sacrés dégâts dans tous les ordres médicaux, dans les comités éditoriaux des plus éminentes revues pédiatriques, au Comité Technique des vaccinations, dans la revue Prescrire, chez les Académiciens qui ne craignent pas de mentir sous serment – j’en passe…

En particulier, la question des liens d’intérêts du principal journaliste (Brian Deer) qui a consacré une énergie étonnante à dénigrer Wakefield ne me paraît pas avoir fait l’objet d’une attention suffisante [4] : on peut n’avoir aucun lien direct avec l’instance X, mais des liens intriqués avec d’autres partenaires qui, de proche en proche, sont compromis avec le X en question (c’est très fréquent avec certaines associations blanches comme neige, avec certains organes de presse – de la gôche irréprochable, notamment –, avec certains laboratoires de recherche ou certaines structures universitaires). De plus et comme je l’ai souvent souligné, un lien d’intérêts n’est pas nécessairement d’ordre financier.

Je n’ai jamais trouvé que le fameux article de Wakefield publié par The Lancet (finalement rétracté par le comité éditorial de la revue) apportât quoi que ce soit de scientifiquement notable. Ce n’est pas la première fois que l’on voit une telle discordance entre le prestige (à mon avis immérité) de cette revue et la valeur de certains de ses articles : on peut faire – exemple parmi bien d’autres – le même constat avec le stupéfiant article de Gherardi et coll. [5] sur la prétendue « myofasciite à macrophages ».

Autisme

À l’heure actuelle, à peu près n’importe qui peut se proclamer « autiste » : on trouve des interviews ahurissantes sur le thème « Ma vie d’autiste »… C’est un indicateur inquiétant de l’état actuel de la recherche clinique/épidémiologique que l’on puisse consacrer des « études » à des entités nosographiquement aussi mal définies [6].

Pour la raison susdite, on ne peut donc soutenir qu’il existerait une « augmentation » de la fréquence de l’autisme. Ce qui relève, néanmoins, d’un élémentaire pouvoir de constat à la portée de n’importe quel citoyen, c’est l’explosion des troubles neuro-comportementaux – secondairement rebaptisés « autisme », « hyperactivité », « syndrome de Gilles de la Tourette », etc. Compte tenu du cynisme environnemental de ceux auxquels les capitalistes délèguent le droit de gouverner [7], il serait abusif d’exclure a priori toute cause toxique chez chacune des personnes concernées par ces désordres neuro-comportementaux, mais il me paraît aller de soi que LA cause numéro 1 de cette épidémie, c’est la matriarcalisation de la société [8]. À l’usage de ceux – ils/elles sont nombreu.x.ses – qui peinent à entendre ce discours, précisons qu’il n’est nul besoin d’être doté d’ovaires, de seins ou d’un vagin pour se comporter de façon matriarcale. L’époque actuelle regorge de matriarches à barbe – et beaucoup de femmes, surtout chez les féministes, adorent les matriarches à barbe : lutte contre le patriarcat oblige – et on est mieux entre copines, de toute façon [9]…

Cela posé, une fois encore, je n’ai aucun doute quant à la capacité éprouvée des autorités sanitaires à falsifier des données, tout particulièrement en matière de maladies infectieuses [10] et de complications vaccinales.

Mercure et vaccinations

N’ayant pas pris la peine d’analyser l’abondante littérature consacrée aux effets toxiques du mercure et n’ayant pas, à la différence des anti-vaccinalistes, la science infuse, je n’ai pas d’idée très arrêtée sur les effets de ce métal quand il est contenu dans un vaccin – hormis la conviction que le principe hippocratique de prudence ne devrait pas être fait pour les chiens [11]. Mais puisque l’affaire Wakefield était originellement concernée par le vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole), je pense qu’il n’est pas besoin d’hypothèses hasardeuses sur le mercure pour considérer comme allant de soi que cette vaccination est, de toute façon, un désastre de santé publique – du moins dans les pays développés.

Globalement, les controverses faussement érudites (et méthodologiquement bancales) sur la toxicité de composants tels que le mercure, l’aluminium et autres adjuvants me paraissent relever d’une conception obsolète d’une recherche clinique centrée sur la pharmacologie et, à ce titre, regrettablement réductionniste [12]  : il existe d’excellentes raisons, qui dépassent largement la question des composants, pour considérer que la propagande vaccinale actuelle des autorités sanitaires (nationales et internationales) est inacceptable – et pour y résister.

Intelligemment, si possible…

[1] En France, on y retrouve, tout naturellement, des admirateurs de Frachon…

[2] L’intérêt d’une telle héroïsation, c’est qu’elle permet de décrédibiliser toute critique comme relevant de l’attaque ad hominem : pas besoin d’avoir longtemps étudié la logique pour comprendre que si la valeur d’une thèse est indissolublement liée aux vertus de celui qui l’expose, ce dernier est forcément atteint par toute attaque de sa thèse... Documenter que Médiator a été une pauvre mystification, c’est blasphémer Sainte Irène, démontrer que le concept de "myofasciite à macrophages" ne repose sur rien, c’est dénigrer Gherardi et ses collègues, mettre en cause l’éthique et la rigueur des procédures expérimentales adoptées par Wakefield, c’est "s’attaquer" à ce dernier... On a déjà connu ça avec les critiques - forcement mal intentionnées (et, par conséquent, scientifiquement infondées) - de Lyssenko...

[3] Dans n’importe quelle étude sérieuse, la sélection des sujets inclus est un élément crucial du chapitre « Méthodes ».

[4] Question d’inspiration freudienne, elle aussi : quelles peuvent être les motivations d’un type pour passer autant de temps à démolir le travail d’un autre ?

[5] Lancet 1998 ; 352 : 347-52.

[6] La même remarque vaut, évidemment, pour la « myofasciite à macrophages », le « syndrome des jambes sans repos », etc.

[7] Ou de faire mine, sachant que, comme chacun sait, « il n’y a pas d’alternative ».

[8] C’est-à-dire le devenir attendu d’enfants qui n’ont jamais été confrontés, de près ou de loin, à une autorité paternelle, c’est-à-dire, pour achever d’être précis, à une autorité qui privilégie le respect du symbolique (« c’est la Loi ») sur la sujétion affective (« c’est pour ton bien »).

[9] Avec la jubilation pontifiante du beauf persuadé d’avoir identifié LE détail qui tue et qui effondre tout le reste, un anti-vaccinaliste omniscient (pardon pour le pléonasme) me reproche d’avoir omis de préciser que, gastro-entérologue de son état, Wakefield aurait été lancé sur ses recherches par la demande d’une mère "d’autiste" ayant observé que le traitement des troubles digestifs améliorait grandement le comportement du gamin. Outre que semblable valorisation de l’anecdotique psychosomatique dénote un contradicteur parfaitement rodé au mode de pensée et aux méthodes de la recherche clinique, je n’ai pas l’impression que la gastro-entérologie soit la voie la plus sûre pour sortir une mère de ses obsessions sur le pipi-caca et la ramener vers une appréciation plus équilibrée du symbolique dans la vie humaine...

[10] Leurs communiqués annuels quant à la mortalité de la grippe sont une illustration récurrente de cette propension à la falsification : il suffit, pour s’en rendre compte, de constater que quand un sujet âgé décède d’un épisode infectieux, c’est loin d’être la règle de lui faire des sérologies virales. Je ne parle pas des fluctuations spectaculaires, et souvent contradictoires, des estimations au cours du temps, attestant l’amateurisme de ceux qui y ont procédé...

[11] Façon de parler, d’ailleurs, puisque ces pauvres bêtes ne sont pas, non plus, épargnées par les vaccins.

[12] L’ambiguïté de la racine grecque pharmacon (qui renvoie tout aussi bien aux médicaments qu’aux drogues ou même aux poisons) rend compte d’une certaine confusion terminologique sur tous les dérivés français en pharma-.

  • La pharmacologie est l’étude des médicaments dans leurs effets, considérés isolément le plus souvent sur des animaux, des organes isolés, voire de simples fragments de tissus ; nombre de pharmacologues ne sont pas médecins, et n’ont aucune formation clinique.
  • La pharmacovigilance est l’étude des réactions des gens (considérés dans leur intégrité anatomique, physiologique et psychologique) aux effets secondaires des médicaments – c.-à-d. tous les effets nocifs ou bénéfiques distincts du but thérapeutique recherché.
  • La pharmaco-épidémiologie est l’étude des réactions des populations aux effets (thérapeutiques recherchés et secondaires) des médicaments : elle répond à des questions comme « la pilule augmente-t-elle le cancer du sein ? » ou « le vaccin contre l’hépatite B permet-il de réduire le nombre d’hépatites B compliquées ? ».

    En d’autres termes et pour récapituler simplement : alors que « la pharmacologie » s’intéresse aux effets d’un médicament tels qu’observés isolément dans des tubes à essai, sur des morceaux d’organe ou, à la rigueur, sur des souris ou des lapins, les deux autres spécialités (pharmacovigilance, pharmaco-épidémiologie) visent les réactions des gens considérés dans leur intégralité comme dans leur intégrité : leur infarctus, leur sclérose en plaques, leur Creutzfeldt-Jakob, leur hypertension artérielle pulmonaire, leur décès…

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