Site Web du Dr Marc GIRARD

Actualité médico-légale : diphtérie, vaccins, Dépakine…

Cymes, Bapt, actions de groupe...
jeudi 11 août 2016 par Marc Girard

Au contraire de ce qu’accrédite la presse (Le Monde, 10/08/16), il n’y a aucune "donnée nouvelle" dans la pseudo-affaire Dépakine. C’est donc l’occasion de remettre dans l’actualité cet article rédigé voici plus d’un an (11/07/15), puisque RIEN n’a changé [1]...

RÉSUMÉ - On part d’un récent tweet de Michel Cymes (29/06/15) imputant aux anti-vaccinalistes un décès par diphtérie et on montre qu’il a tout faux. On passe ensuite à ceux, Bapt en tête, qui - au contraire de Cymes - aiment à se faire passer pour des "lanceurs d’alerte", et on s’interroge donc sur le dernier scandale à la mode, celui de l’anti-épileptique Dépakine : on montre qu’ils ont tout faux eux aussi, tout en rappelant que ce n’est pas la première fois... Pour conclure, on continue de s’interroger sur l’étrange paradoxe d’un système qui se conforte tout autant de ses partisans que de ses détracteurs...

Diphtérie ou vaccination mortelles

Il y a sur le site Allodocteurs.fr une vidéo désopilante où l’on voit Michel Cymes sentencieusement mettre en garde le coach sportif invité pour l’émission quant à la solidité des manches à balai qu’il utilise dans ses démonstrations d’exercices pour le dos… On ne se refait pas : en matière de « santé », c’est toujours au médecin d’avoir le dernier mot, même sur les questions de balais…

Abstraction faite de cette omniscience d’état, l’actualité vient de fournir à Michel Cymes l’occasion de mettre en œuvre, forcément en plus pointu encore, sa seule compétence documentable : celle d’ORL. Après le récent décès d’un enfant espagnol à la suite d’une diphtérie – c’est-à-dire dans un tableau qui, au début, est celui d’une angine – « le plus célèbre » des médecins français devait lancer sur Twitter le message suivant, en date du 29/06/15 :

« Un enfant espagnol est mort de diphtérie, les parents avaient refusé de le faire vacciner. Une victoire des anti vaccins ! Bravo à eux. »

Analysons la profondeur de ce message à l’aune de : i) la compétence ORL présumée de son auteur ; ii) la déontologie journalistique attendue chez le « plus célèbre » des médecins médiatisés.

Compétence ORL

C’était écrit dans tous les bouquins avant que la faculté de médecine n’abandonne aux visiteurs médicaux (et à leurs larbins) sa mission d’enseignement et de formation continue : a) le diagnostic d’une diphtérie est avant tout un diagnostic clinique : celui d’une angine à fausses membranes ; b) l’évolution dépend de la précocité du diagnostic (et, cela va de soi, du traitement mis en œuvre).

En l’espèce, les médias en général (Le Figaro, 28/06/15) – et l’omniscient Michel Cymes en particulier – sont restés muets sur le temps qui s’est écoulé entre l’apparition des premiers symptômes et le diagnostic [2]. En tout état de cause, c’est un phénomène général que les erreurs ou retards sur des diagnostics de base : désormais incapables de reconnaître une simple rougeole, les pédiatres sont en revanche intarissables pour en décrire avec force détails les complications atroces qu’ils n’ont jamais vues ; de la même façon, l’expérience suggère que la plupart des méningites présentées par la presse comme « fulminantes » sont surtout des méningites dont le diagnostic a été lamentablement tardif : il y a toujours un moment – celui qui précède la mort – où une méningite non diagnostiquée évolue de façon « fulminante »…

Bref et pour résumer, il est difficile de savoir qui a gagné « la victoire » dans cet épisode tragique : les anti-vaccins (qui, comme chacun sait, ont la puissance financière et numérique pour contrôler la formation des médecins…), ou Big Pharma et ses relais médiatiques – plus soucieux de maximiser les ventes que d’inculquer aux professionnels de santé un minimum de bon sens et d’expérience ?

Déontologie journalistique

Exactement au même moment, une enfant de sept mois – cette fois bien de chez nous – est décédée d’une encéphalopathie post-vaccinale (Le Figaro, 22/06/15) : on aurait aimé qu’avec le même sens de la formule, « le plus célèbre » de nos médecins journalistes s’attache à caractériser qui avait remporté « la victoire » sur ce coup. On aurait aimé, en tout cas, qu’il ait le minimum de déontologie pour médiatiser avec la même spontanéité d’indignation cet accident qui, on en conviendra sans esprit de parti, ne cadre pas trop bien avec l’inspiration de son tweet du 29/06/15.

Accessoirement, on aurait apprécié que même surmené par sa « célébrité », notre omnispécialiste médiatisé prenne le temps de consulter un document de cette ligue anti-vaccinale détestable qui s’appelle OMS, où l’on peut lire en toutes lettres : « le degré de protection conféré par la vaccination avec l’antitoxine [diphtérique] n’est souvent guère satisfaisant » (c’est moi qui souligne) [3]. N’en déplaise à notre spécialiste ès balais, la vaccination de cette malheureuse enfant n’était donc pas la condition sine qua non de sa survie : toujours selon les ligueurs de l’OMS, 7 à 10% des diphtéries rapportées aux USA « se déclarent chez des sujets "complètement" immunisés selon leur dossier ». Les « Belles histoires » concoctées par les larbins universitaires de Big Pharma, et relayées par les « célébrités » médiatiques, ne sont pas forcément d’une crédibilité à toute épreuve…

Une autre circonstance aurait pu appeler un peu de recul – pour autant que « le plus célèbre » de nos journalistes médicaux ait un minimum de culture technico-réglementaire. Attendu que la sérothérapie est, en l’espèce, le traitement d’une diphtérie, on ne peut que s’étonner qu’il ait fallu se tourner vers la Sainte Russie pour essayer (apparemment en vain) d’obtenir quelques gouttes de cet élixir miraculeux – dont l’invention remonte à… 1894. Il s’avère cependant que dans les pays développés où la collectivité claque des milliards pour financer – directement ou indirectement [4] – la fabrication de pseudo-vaccins d’efficacité incertaine et d’utilité plus que problématique, on s’étonne qu’un produit aussi vital, facile à fabriquer et peu onéreux, soit durablement indisponible, malgré les dispositions légales qui permettent à l’autorité sanitaire de transférer l’autorisation de mise sur le marché à quelque fabricant que ce soit.

Au total et pour autant qu’elle mérite une attention médiatique comparativement aux principaux problèmes du moment [5], une véritable information sur la malheureuse histoire espagnole aurait exigé au minimum que soit posées avec clarté :

  • la question du rapport bénéfice/risque de la vaccination antidiphtérique ;
  • la question de la formation des médecins et de leur aptitude à poser des diagnostics naguère banals ;
  • la question de l’indisponibilité de médicaments qui, s’ils ne sont pas miraculeux, restent à tout le moins utiles, voire potentiellement vitaux dans certains cas.

Moralité : le niveau d’analyse du « plus célèbre » de nos médecins journalistes en dit long sur ceux qui sont moins célèbres – ou, à tout le moins, sur les ressorts de la célébrité à l’époque moderne…

Dépakine

Les deux lanceurs d’alerte

Au match du plus nul, comme dans toute compétition, les avocats peuvent participer, et le règlement leur permet même de faire équipe avec des Parlementaires. C’est au sympathique duo qui a récemment levé le lièvre Dépakine que nous allons nous intéresser ici.

  • Côté juridique, on retrouve dans cette affaire l’un des principaux activistes du "scandale" Médiator : avocat chevronné ayant prêté serment une quinzaine de jours avant cette affaire qui l’a lancé – du moins devant les médias –, présenté par la presse comme la terreur (« bête noire ») d’une industrie pharmaceutique qui, par esprit d’économie mal placé, n’a – elle – jamais recours qu’aux rebuts du Barreau de Paris (vous savez : ceux qui vivotent aux crochets de l’aide juridictionnelle)… Dans cette affaire médiatiquement centrée sur les conflits d’intérêts et la morale, le principal titre de cet avocat émérite pour parler de problématiques éminemment techniques semble avoir été son lien de parenté avec l’épidémiologiste en charge des « études » sur Médiator (c’est-à-dire que ses espoirs d’honoraires étaient objectivement liés à la sévérité des « évaluations » opérées par sa tante, laquelle admet de bon cœur qu’elles se sont surtout faites au doigt mouillé [6]) [7]. Cet intransigeant pourfendeur des dérives médico-pharmaceutiques s’est, d’autre part et quant à lui, scrupuleusement conformé au code de déontologie de sa profession, lequel lui interdit tout démarchage : faute de quoi ce ne serait pas des clients par centaines qu’il aurait recrutés en quelques semaines à peine, mais par millions – compte tenu de l’effrayante toxicité valvulaire de ce poison qui a mobilisé tous les médias français durant des mois et dont les meilleurs spécialistes français estiment qu’il a éventuellement contribué à un maximum de quelques dizaines de décès sur trente ans [8]. Tout le monde – même les héros du barreau – ayant ses limites, c’est d’ailleurs en raison du surmenage où l’a conduit cette affluence absolument pas téléguidée que ce vieux routier du litige médico-pharmaceutique ne n’est pas rendu compte que les expertises – « judiciaires », s’il vous plaît [9] – dont ses clients faisaient l’objet étaient fondées sur une « méthode » d’imputabilité en parfaite contradiction avec la réglementation en vigueur, concoctée qu’elle a été – spécialement pour l’occasion – par l’administration sanitaire : eu égard à la façon plus que contestable dont cette administration a géré les anorexigènes fabriqués par Servier, l’idée d’une méthode ad hoc conçue par icelle pour les expertises Médiator est à peu près aussi convaincante que celle d’avoir confié au Dr Petiot l’autopsie de ses victimes… Mais quand on a le génie du Droit [10], on peut faire l’économie des détails technico-réglementaires : un bon sketch devant les médias [11] vaut mieux qu’une analyse médico-légale tant soit peu rigoureuse…
  • Côté politique, on retrouve le sympathique Gérard Bapt, bien connu des visiteurs de ce site pour l’intransigeance de ses analyses, le courage de ses positions et la redoutable efficacité de ses croisades : c’est juste à cause de cette chipie de Lauvergeon que personne n’a encore osé l’appeler Atomic Gérard – ce qui aurait quand même été vachement mérité [12]… Non content d’avoir, grâce à l’affaire Médiator et d’un seul coup, nettoyé à grande eau les écuries d’Augias de la pharmacie industrielle, il se propose aujourd’hui d’achever le boulot en s’attaquant aux chiures de mouches qui restent collées aux murs par ci, par là. Indicateur désolant des incroyables sévices auxquels s’exposent les « lanceurs d’alerte » comme lui : il a dû payer sur sa solde de parlementaire la boîte de cotons-tiges dont il a besoin pour cette nouvelle mission, le Club Hippocrate ayant poussé l’ignominie jusqu’à lui en refuser le remboursement en note de frais ! – carrément. C’est à des détails aussi sordides que l’on mesure la dureté impitoyable du monde auquel il s’est attaqué. Des témoins dignes de foi racontent qu’on le voit désormais souvent assis sur les marches du Palais-Bourbon, avec sa gamelle sur les genoux, indésirable qu’il est devenu dans les bouffes somptueuses organisées par Big Pharma et autres lobbies. On dit même qu’il aurait dû s’acheter une petite tente pour l’été, en lieu et place des luxueuses vacances à Lourmarin généreusement offertes aux frais de la princesse : les Pieds Nickelés de la croisade anti-Servier auront décidément beaucoup sacrifié aux histoires de tentes…

L’alerte

Si l’on en croit la presse, les doléances de nos deux croisés viseraient essentiellement la dissimulation, par le fabricant et l’administration sanitaire, des effets indésirables de ce produit sur le fœtus (effets « tératogènes »), rendant compte d’un certain nombre de malformations, neurologiques notamment.

Le premier problème, c’est que si, dès les années 1980, on avait interrogé un simple étudiant en médecine sur les médicaments tératogènes, le premier nom qui lui serait venu à l’esprit aurait probablement été celui de la Dépakine [13]. Daté de 1981, le premier Vidal que j’ai gardé dans mes archives mentionne dûment, mais de façon assez générique, le risque tout particulier des anti-épileptiques chez la femme enceinte ; datée de 1985, une édition ultérieure mentionne de façon très claire le risque tératogène lié cette fois spécifiquement à la Dépakine. Je n’ai pas d’édition entre ces deux dates, mais dans la mesure où, à cette époque, il fallait plus d’un an pour voir publiées les mises à jour des notices Vidal, on peut reconstituer que les autorités (et, par la force des choses, le fabricant) s’étaient préoccupées de ce risque depuis le tout début des années 1980 [14].

L’alerte après rectification

À lire les articles parus lorsque ce nouveau "scandale" a été médiatisé (dans la seconde moitié de mai 2015), il ne semble pas que ces antécédents pourtant élémentaires à vérifier aient été connus de l’avocat « spécialisé » en charge de l’affaire : faute de quoi, on se demande à quoi rimerait le « non signalement d’effets indésirables » visé par la plainte initiale (Le Quotidien du médecin, 22/05/15). Sans doute ramenés au réel par les réactions interloquées des professionnels de santé qui connaissaient tout ça depuis fort longtemps [15] – du moins quand ils ne comptaient pas sur la politique pour se distraire – mais pas plus penauds que cela d’avoir déclenché la lourde machine pénale manifestement sans la moindre connaissance du dossier technico-réglementaire sous-jacent au problème posé [16], nos pourfendeurs de la criminalité pharmaceutique ont redirigé leur zèle justicier sur un extrait de phrase qui, cité hors contexte, peut paraître au profane assez maladroit : « Chez une femme épileptique traitée par le valproate [Dépakine], il ne semble pas légitime de déconseiller une conception. »

L’envers de l’alerte

Il n’empêche que par rapport aux données "dures" disponibles dans la littérature depuis la fin des années 1970, attestant un réel risque tératogène de la Dépakine et dûment évoquées dans le Vidal depuis au moins trente ans, cette mention relève de la simple opinion et qu’elle ne saurait décharger les praticiens de leur responsabilité au cas par cas.

Car n’en déplaise aux avocats dont la principale « spécialité » repérable semble être de faire parler de soi sous n’importe quel prétexte, quelle est la situation humaine et médicale à laquelle renvoie cette mention censément criminelle ?

  1. Chez une personne épileptique, l’issue d’une grossesse est statistiquement moins bonne que chez une personne exempte de cette maladie, les risques imputés à la maladie incluant ceux de malformation. Sauf peut-être chez les tantes qui vous torchent en deux temps trois mouvements une étude épidémiologique sur les données super fiables de la CNAM, la plupart des spécialistes jugent comme assez difficile de discriminer entre les risques inhérents à la maladie et ceux imputables aux anti-épileptiques [17].
  2. Les risques d’une épilepsie non contrôlée peuvent être majeurs (voire mortels) pour une personne souffrant de cette maladie : que faire si ce contrôle n’est assuré que par la Dépakine et que la malade souhaite quand même avoir un enfant ?
  3. À supposer qu’au moins au cours de la grossesse, la Dépakine puisse être remplacée par un autre anti-épileptique, est-il certain qu’aucun risque tératogène n’est associé à ce médicament de secours ? La réponse est généralement NON.
  4. Sachant que le risque malformatif lié à la Dépakine est loin de se réaliser systématiquement (et qu’il est, notamment, lié à la posologie administrée), est-ce bien judicieux d’affoler une malade confrontée à une grossesse non programmée, et de la contraindre moralement à un avortement ?
  5. Il existe un consensus international sur le fait que toutes choses égales par ailleurs, le risque malformatif lié à la Dépakine est significativement réduit par une supplémentation en acide folique : ça peut valoir le coup d’essayer quand on veut vraiment un enfant alors qu’on ne peut se passer de Dépakine.
  6. Comme attesté par une lecture – mais complète… – de la notice Vidal, l’idée générale, c’est que les principales malformations neurologiques liées à la Dépakine sont détectables par échographie, ouvrant dès lors la perspective d’un avortement thérapeutique chez la minorité de femmes concernées par la réalisation du risque.

Vraies questions vs fausse alerte

Relativement à une situation humainement et médicalement aussi complexe, chacun est libre de penser ce qu’il veut (notamment en ce qui concerne l’option de l’avortement thérapeutique pour le cas où). Mais sur la base de ce rappel succinct concernant tant « l’état de la science » au moment des faits que les difficultés parfois atroces qui persistent au cas par cas, on admettra que dénoncer aussi indistinctement « l’administration de substances dangereuses », « la tromperie aggravée » et « le non signalement d’effets indésirables » relève plus d’une danse du ventre à destination des médias que d’une analyse médico-légale sérieuse du problème posé : on s’étonnerait de la voir assumée par un parlementaire médecin – spécialiste, s’il vous plaît – si nous n’avions le précédent Médiator pour savoir ce dont il est capable [18].

Il est bien possible, d’autre part, que certaines malades n’aient pas été clairement informées par leur neurologue ou par leur obstétricien de la situation telle qu’elle vient d’être brièvement récapitulée : mais dans ce cas de figure, pourquoi diriger la plainte vers le fabricant ou l’administration sanitaire ? L’affaire pourrait bien renvoyer à un autre chapitre du droit apparemment négligé dans certaines formations : la dénonciation calomnieuse [19]…

Dans tout ce battage pour rien, en revanche, on est passé totalement à côté de ce qui représente certainement LE scandale de l’épileptologie : la déconcertante facilité avec laquelle un diagnostic d’épilepsie peut être posé [20], notamment chez l’enfant [21], d’où la légèreté avec laquelle des gens – et des enfants surtout – peuvent se voir condamnés à ingérer, parfois à vie et sans raison valable, des anti-épileptiques qui ne sont quand même pas des médicaments anodins : quitte à dénoncer les scandales médicaux, autant viser les vrais…

Des "similitudes" effectivement "frappantes" avec Médiator...

Par conséquent, la première « similitude frappante » entre le dossier Dépakine et celui de Médiator – du moins tels que concoctés par notre duo inépuisable dans la désinhibition – c’est qu’on est passé complètement à côté des vrais problèmes.

La seconde « similitude » encore plus « frappante », c’est la disponibilité des autorités sanitaires – ministre en tête – pour ces conneries [22] avec notamment, une nouvelle saisine de l’Igas, instance dont on a déjà pu apprécier les « contradictions, l’incohérence et la mauvaise foi » [23] lors du précédent Médiator.

Dans un contexte de scandales continuels dont le présent site ne peut même pas aborder plus qu’une fraction dérisoire, on reste une fois encore ébahi entre l’infimité du « scandale » Dépakine et l’immensité de la disponibilité dont témoignent les responsables (politiques, administratifs) et les médias sinon aveugles aux ravages pourtant quotidiens d’une criminalité médico-pharmaceutique galopante [24].

Conclusion

Dans le présent point d’actualité, on s’est intéressé alternativement à un journaliste qui, notoirement, entretient les meilleurs rapports avec le système (il ne serait pas si « célèbre » sinon…), puis à des pourfendeurs auto-proclamés du même système : il est patent que tous sont passés à côté des vrais problèmes – hormis, bien sûr, celui consistant à assurer leur promotion personnelle, même au prix de l’ineptie…

Ce sera donc la troisième « similitude frappante » de la situation actuelle avec celles du passé que cette question posée d’emblée dans l’affaire Médiator – et dont la suite a largement prouvé la pertinence : à qui ça profite ?

[1] Les autres guignols dont il est également question dans cet article n’ont pas changé non plus...

[2] Si j’en crois le site Wikipedia, il aurait fallu pas moins de dix jours pour poser le diagnostic (ce qui est évidemment énorme), mais je n’ai pas retrouvé de donnée source pour cette information.

[3] D’où il ressort que les meilleurs-experts qui imputent à cette vaccination la quasi-disparition de la maladie dans notre pays sont, au mieux, des incompétents, au pire des escrocs.

[4] Via, par exemple, l’assurance maladie ou le crédit impôt-recherche.

[5] Dans le vaste monde, il y a chaque jour beaucoup d’enfants qui décèdent de causes a priori plus évitables qu’une infection grave : la faim, la guerre, la maltraitance, le manque d’installations sanitaires…

[6] J. Bardet. L’affaire Médiator. Un devoir de vérité. QDA Éditions, 2014 : 56.

[7] Relevée par d’autres, mais bizarrement ignorée par Irène Frachon, sinon implacable porte-voix de l’Éthique tous azimuts, une vidéo de l’intéressé qui circule sur le Net (et dont je n’ai pas compétence pour certifier qu’elle n’est pas trafiquée) documente sa réaction empreinte de dignité et de désintéressement à l’annonce des résultats d’une de ces études, telle qu’enregistrée sur France 2 au JT de 13h, le 16/10/2010 (cf. vidéo en PJ).

[8] J. Bardet, op. cit., p. 90.

[9] Donc, en principe, gouvernées par une intangible exigence d’impartialité…

[10] Au point d’ignorer, apparemment, les textes gouvernant la récusation des experts en général, ainsi que la jurisprudence visant en particulier celui qui semble indésirable dans cette nouvelle affaire.

[11] Par exemple, celui consistant à dénoncer « des similitudes frappantes entre ce dossier et celui de Médiator », à ceci près que si Médiator est resté franco-français pour l’essentiel (l’enregistrement ayant été refusé même en Belgique), la Dépakine est mondialement tenue pour « l’anti-épileptique de choix » (Martindale) dans un certain nombre d’indications. À l’aune d’un tel raisonnement, il doit exister des « similitudes frappantes » entre la baleine bleue et la sardine, notamment en ce que : i) elles vivent dans la mer, ii) elles ont une queue. C’est à des détails comme ça que l’on reconnaît le spécialiste chevronné et, plus généralement, le gars qui réfléchit avant de causer…

[12] Notamment chez un type qui n’a craint aucun excès médiatique pour garantir une ré-investiture dont la rumeur toulousaine dit qu’elle était fort menacée juste avant l’affaire Médiator.

[13] Il y avait certes le thalidomide, mais ce médicament de triste mémoire était quasiment inutilisé à cette époque.

[14] Au passage, on relèvera comme assez hilarant que, dans son document « Questions/réponses » diffusé à partir du 26/05/2015, l’ANSM date de 1986 la première mention au Vidal de ce risque tératogène. On vient de voir que c’était avant, d’où il ressort que l’administration sanitaire française n’est même pas capable de consulter ses propres archives : qu’est-ce que ça doit être quand il lui faut faire une recherche dans les bases de données internationales… Exemple parmi d’autres de ce que l’ANSM appelle son « expertise interne ».

[15] Il suffit d’aller sur les forums pour le constater.

[16] D’expérience, la voie pénale en matière de litige médico-pharmaceutique est celle de la facilité : par sa connotation répressive, elle séduit les victimes qui rêvent de voir les supposés responsables en garde à vue (voire en préventive !) si possible menottes aux mains, elle permet aux avocats des effets d’annonce dont les journalistes sont toujours friands – notamment pour imputer les conséquences de leurs insuffisances à la crapulerie des experts ou à la veulerie des juges d’instruction –, elle optimise la rentabilité de la procédure par la facturation à chaque partie civile d’écritures plus ou moins superposables, elle ouvre à des prolongations faciles (mais facturables) devant la Chambre de l’instruction, etc.

[17] Ce, d’autant que l’épilepsie étant une maladie relativement rare tandis que les malformations surviennent encore plus rarement, il est extrêmement difficile de réunir un nombre suffisant de malformations de mères épileptiques pour en tirer des inférences statistiques à peu près fiables (Dolk H, McElhatton P, Journal of Medical Genetics 2002 ; 39(4):243-4).

[18] J. Bardet, op. cit., p. 41.

[19] Voici quelque temps, j’ai posé à des étudiants en quatrième année de droit le sujet d’examen suivant : « Une femme vient vous consulter pour porter plainte après avoir contracté une sclérose en plaques dans les suites d’une vaccination contre l’hépatite B. Que lui répondez-vous ? ». Pas un seul n’a eu l’idée qu’en préalable à tout, il conviendrait de VÉRIFIER : i) qu’elle souffrait effectivement d’une sclérose en plaques ; ii) qu’elle avait effectivement reçu la vaccination en question… Avec un corps d’avocats poussé sur ce genre de terreau, on n’est pas sortis des scandales idiots…

[20] Chadwick David, Smith David. The misdiagnosis of epilepsy. BMJ 2002 ; 324 :495.

[21] À la suite, par exemple, de convulsions fébriles déclenchées par une vaccination un peu trop énergique… Postérieurement à la mise en ligne du présent article, une revue publiée dans le British Medical Journal (18/08/15 ; BMJ 2015 ;351:h4240 doi : 10.1136/bmj.h4240) écrit en toutes lettres : "il n’existe aucune preuve d’un bénéfice des antiépileptiques administrés de façon prophylactique [chez les enfants ayant déjà présenté des convulsions fébriles]". Cela fait quelques centaines de milliers de gamins qui se sont avalé des anti-épileptiques type Dépakine pour rien...

[22] La terrible perversité de l’ANSM consiste à élargir le débat des malformations (auquel il était circonscrit jusque récemment) à la nébuleuse des "troubles neurodéveloppementaux" qui inclut tout et n’importe quoi, à commencer par les désastres de l’éducation contemporaine (Asperger, pseudo-autismes, hyperactivité, "syndrome" de Gilles de la Tourette...). Ce ne sont pas les parents d’enfants-tyrans qui vont manquer lorsqu’on va leur offrir une nouvelle occasion de détourner vers le physiologique (en l’occurrence : l’exposition in utero à un médicament censément criminel) la réflexion sur leur incompétence éducative : la médicalisation, c’est ça - et j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ces activistes qui ont un intérêt personnel évident à refuser toute interrogation sur le psychologique... Les conditions sont donc remplies pour faire le plein du recrutement via des "associations de victimes" que l’administration s’empressera de financer sur des fonds publics, pour le plus grand bonheur des avocats qui poussent à la constitution de telles associations, sous le prétexte "d’actions de groupe"... Bref : le train-train de la corruption ordinaire, consistant à mettre ses échecs personnels à la charge de la collectivité - et à en tirer parti autant que possible...

[23] J. Bardet, op. cit., pp. 49- 64.

[24] Parmi les scandales récents et sans la moindre prétention à l’exhaustivité, je citerai l’enregistrement de Sovaldi à un prix exorbitant - en rappelant que cette ahurissante histoire fait elle-même suite à un autre scandale impliquant le même fabricant - à savoir celui de Tamiflu, manifestement indigne d’intéresser nos Pieds Nickelés quoique, par comparaison, l’affaire Médiator ait l’aspect du pipi d’un chat en insuffisance rénale terminale. Dans les sujets récents confirmant l’efficacité du grand nettoyage opéré par Bapt and Co, j’aime bien aussi cette "opération mains propres dans la santé" lancée sans rire par Marisol Touraine (Le Monde, 09/04/15) en vue de contrôler les conflits d’intérêts des experts : on avait pourtant cru comprendre que...


Documents joints

JT (13h) sur France 2, 16/10/2010

20 juillet 2015
Document : Windows Media Video
2.3 Mo

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