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Brutalisation : une interview sur la revue Fémininbio

mardi 8 avril 2014 par Marc Girard

La revue Fémininbio m’a demandé une interview concernant mon dernier livre.

On peut désormais la trouver au lien suivant : http://www.femininbio.com/sante-bie....

Le texte intégral est également repris ci-dessous.

Comment en êtes-vous arrivé à ce sujet-là ?

Jeune apprenti mathématicien, j’étais frappé, dès la fin des années 1960, de voir la facilité avec laquelle les échecs scolaires des « mathématiques modernes » étaient adressés aux médecins qui, à l’époque encore moins que maintenant, n’étaient pas à proprement parler des spécialistes de la chose. J’en ai conçu une certaine défiance à l’encontre de la fausse « expertise » et, sur la lancée, j’ai été amené à me demander au nom de quelle supposée supériorité de savoir il faudrait mettre sa vie sexuelle sous le contrôle des médecins – dont on ne sache pas qu’ils fassent mieux que les autres en pareille matière.

Qu’entendez-vous par "brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne" ?

J’entends un constat très simple développé dès ma 4e de couverture : des vaccinations spécifiques (rubéole, HPV…) aux mammographies en passant par les échographies obstétricales, les épisiotomies, les césariennes, les hormones de toute sorte (contraception, irrégularités menstruelles, ménopause…), les thyroïdectomies, etc., pourquoi les femmes font-elles l’objet d’une telle surmédicalisation relativement aux hommes ? Dans la vie masculine, quel est l’équivalent du gynécologue ?

Les femmes sont-elles conditionnées à cette "brutalisation" non-consciente ?

Vous voulez me fâcher avec les féministes… La tolérance, pour ne pas dire la complaisance de beaucoup de femmes – incluant nombre de féministes – à l’endroit des brutalités médicales peut effectivement représenter un sujet d’étonnement. Après, chacun peut interpréter à son gré. Je crois que, à cause de la surpuissance fantasmatique que lui donne la capacité de générer la vie au fond de son ventre, la femme, à la différence de l’homme, ne sent pas venir la mort : cela lui confère une grande fragilité relativement à la brutalité sexuée (sachant que – la chose va de soi – la brutalité médicale est éminemment machiste, même quand elle est perpétrée par des femmes).

Comment se sortir de ce conditionnement et revenir en conscience ?

D’abord, sentir son corps. Nombre de jeunes femmes viennent me dire, ou m’écrire, comme elles sont bouleversées d’avoir entendu une voix d’homme – et de médecin, en plus – leur donner acte d’une expérience intime dont elles n’avaient encore jamais osé faire état : à savoir que sous pilule, elles se sentaient tout simplement castrées. De mon temps, si une femme était venue dire ça, elle serait passée pour un agent du Vatican.

La brutalisation est-elle ce qui provoque une émotion ou existe-t-il des brutalisations insidieuses (qui ne provoquent pas d’émotions conscientes) mais qui font du mal aux femmes (ex : ne plus avoir de règle, beaucoup de femmes s’en réjouissent) ?

La brutalisation la plus insidieuse, c’est celle que subissent les femmes durant leur grossesse et leur accouchement, à un moment où elles sont naturellement dans un état de faiblesse et où elles sont conditionnées à faire « tout bien » pour leur bébé. Pour le reste et plus généralement, il y a quelque chose d’intrinsèquement violent dans la sexuation : avez-vous remarqué que dans le conte La Belle et la Bête, la découverte du prince derrière la Bête exige que préalablement, la jeune fille se soumette à ses conditions ? D’homme à femme et réciproquement, l’expérience humaine de la reconnaissance mutuelle s’enracine dans l’assouvissement de la pulsion. Via les fausses facilités de la pilule, la perversité de la médecine consiste à brouiller les cartes : i/ en dispensant l’homme de l’épreuve éminemment civilisatrice qui consiste à maîtriser sa brutalité instinctuelle pour trouver l’Autre, ii/ en prétendant protéger la femme de cette brutalité pulsionnelle au prix d’une autre brutalité – celle de sa castration chimique et de la mutilation de son corps.

Un homme est-il le mieux placé pour traiter de ce sujet ?

Des femmes – Françoise Edmonde Morin [1], par exemple – ont magnifiquement traité du même sujet. Mais dans la passion qui le porte vers le féminin, un homme – surtout s’il est spécialiste de iatrogénie – n’est pas mal placé, effectivement, pour s’alarmer des mutilations et falsifications que la médecine inflige à ce corps tant désiré. La faute à qui, finalement, si nombre de femmes ont été conduites à avaliser comme « libératrices » des brutalisations aussi inconcevables ?

[1] La rouge différence, Seuil, 1982.


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