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3e/4e génération de pilules ou d’escrocs ?

dimanche 3 février 2013 par Marc Girard

L’affaire des pilules de 3e/4e génération n’est pas sans rappeler le pseudo-scandale de Médiator. Dans ce dernier cas, il s’agissait d’accréditer que l’immoralité pharmaceutique [1] cesserait dès que l’abominable Jacques Servier serait mis hors d’état de nuire : on a vu le résultat !... Semblablement, l’affaire qui fait désormais les gros titres des médias vise à faire croire que les problèmes posés par la médicalisation de la contraception se limiteraient aux défauts des quelques spécialités actuellement clouées au pilori.

Or, c’est bien plus grave que ça.

Une réforme à réformer ?

Comme (surtout "en période de crise" !) il ne faut jamais perdre une occasion de rigoler, commençons par constater que si "la réforme du médicament" célébrée conjointement par les Bertrand, les Bapt, les Debré et autres avait été autre chose qu’une escroquerie, on n’aurait pas aujourd’hui ce scandale pilule - dont on s’excuse de rappeler qu’il remonte... à octobre 1995.

Constatons aussi que si l’ANSM, bâtie sur les ruines de l’AFSSAPS, était effectivement la cathédrale d’une nouvelle rigueur intellectuelle et morale, il lui faudrait plus qu’une bête médiatisation pour changer son fusil d’épaule : aucune "étude" majeure n’étant parue dans l’entre temps, on me permettra de juger comme éminemment préoccupant qu’il suffise de quelques journalistes en mal de papier pour conduire notre agence à réexaminer sa position depuis le communiqué du 14/11/2011 clamant haut et fort qu’il était urgent de ne rien faire puisque "Le rapport bénéfice-risque des contraceptifs oraux [restait] positif quelle que soit leur composition".

Constatons enfin que si la pseudo-réforme susmentionnée avait représenté un effectif progrès de "démocratie sanitaire", il y aurait unanimité de réprobation à l’encontre d’une ministre de la santé affichant sans complexe son désir de peser sur le processus décisionnel en contournant toutes les instances réglementaires en place, sachant de plus que ladite ministre a, parmi bien d’autres titres de gloire de nature à rassurer les populations relativement à son intelligence et à sa clairvoyance, celui d’avoir en son temps fustigé le manque de réactivité de Madame Bachelot face à l’effroyable menace représentée par le virus H1N1 [2]...

On prend les mêmes...

Pour le reste, on retrouve dans cette histoire "pilules de 3e/4e génération" exactement les mêmes ingrédients que lors du précédent Médiator :

  • mêmes politiques madrés, plus soucieux de leur investiture et de leur carrière personnelle [3] que du Bien Public ;
  • mêmes avocats plus habiles à gesticuler devant les micros [4] qu’à étudier la réglementation pharmaceutique [5] ou à gagner des procès a priori imperdables, et qui (pour autant qu’ils le sachent eux-mêmes) ont dû omettre d’informer leurs clients que, déjà ancienne, la jurisprudence étrangère sur le risque thrombo-embolique des pilules de 3e génération a été singulièrement défavorable aux victimes [6] ;
  • mêmes responsables d’Agences sanitaires prêts à dire tout et son contraire, quitte à inscrire au titre de leurs urgences (et par égards pour "la sécurité des patientes" !) la suspension d’AMM d’une spécialité dont la fortune a tenu durant plus de 30 ans à une prescription notoirement hors AMM sans jamais susciter la moindre sanction des autorités de contrôle ;
  • mêmes "experts" sursollicités par les médias et prêts à soutenir l’inconcevable pour maintenir le statu quo et justifier leurs abominables compromissions : ainsi de l’incontournable spécialiste ès contraceptions qui ne craint pas d’affirmer "On est les seuls au monde à avoir cette espèce de panique sur la contraception" [7], oubliant que ces mêmes données ont, comme on l’a rappelé, déclenché à l’étranger une "pill scare" (une panique autour de la pilule) dès 1995 [8] - et que l’intégralité des investigations épidémiologiques sérieuses qui sous-tendent "cette espèce de panique" sont, et depuis 1995, d’origine étrangère [9] ; ainsi encore de ce syndicat de gynécologues affectant une noble indignation de voir cinq collègues cloués au pilori pour l’opacité de leurs liens financiers, quand il est notoire - et depuis des décennies - qu’avec la cancérologie et la psychiatrie, la gynécologie est l’une des spécialités médicales le plus atrocement maquées avec Big Pharma ;
  • journalistes des mêmes médias trop prompts à promouvoir une cause dont ils n’ont pas le pris le temps de mesurer les tenants et les aboutissants [10], trop sensibles au spectaculaire pour s’interroger sur la signification profonde des choses et toujours trop obnubilés par "l’actualité" pour appréhender les scandales du moment dans leur réalité historique ;
  • même type de victimes (réelles ou présumées) qui ne se sentent plus pisser de s’entendre parler dans le poste avec l’indéracinable aplomb de celles qui brûlent sans état d’âme ce qu’elles ont adoré, plus promptes à extrapoler la petite expérience de leur moi-je qu’à réfléchir avec un minimum de désintéressement [11] à la dimension morale et politique du scandale qui les a peut-être [12] frappées.

Un médicament comme les autres ?

La base Martindale - The complete drug reference est, à ma connaissance, la plus synthétique et la plus concise des sources raisonnablement fiables sur les médicaments en général. Or, cette base - dont on ne sache pas qu’elle soit financée par le Vatican et qui, insistons-y, fonctionne sur un principe de concision maximale [13] - consacre pas moins d’une cinquantaine de pages A4 aux effets indésirables de la contraception orale : c’est dire que la question des thromboses sous pilule de 3e ou de 4e génération est loin de résumer à elle seule le préoccupant chapitre des nombreuses toxicités ou intolérances imputables à cette classe thérapeutique...

Or, depuis quand les utilisatrices - et, plus largement (suivez mon regard...) : les bénéficiaires - de cette contraception ont-ils été clairement informés quant à cette tolérance à tout le moins problématique ? Outre les effrontés menteurs dont on vient de rappeler les tristes exploits, faut-il re-citer les gynécologues féministes soutenant sans un frémissement de pudeur que "les pilules n’ont pas d’effet secondaire" [14]. Faut-il citer tous ces médecins-amis-des-femmes proclamant qu’avec la pilule, il y a "plus de peur que de mal" [15] sur la base de raisonnements aussi convaincants que celui opposant les risques de la contraception orale à ceux... d’un accouchement "en Afrique rurale" [16] !!!

Ce que les femmes découvrent aujourd’hui, c’est que cette contraception qu’on leur a présentée comme un mémorable acquis de leur "émancipation" n’est rien d’autre qu’un médicament. Faut-il rappeler que c’est pour permettre l’introduction de cette classe qu’il a fallu, dans les années 1960, modifier la législation pharmaceutique via la notion de "médicament par fonction" [17] tant, jusqu’alors, il n’avait jamais traversé l’idée de quiconque qu’une personne en parfaite santé puisse ingérer un médicament sans la moindre intention ni de guérir, ni de prévenir une quelconque maladie. D’où, forcément, la question : elle était où, "l’émancipation", d’exposer - unilatéralement - son corps aux effets indésirables pourtant conséquents de ces "médicaments" jusqu’alors inouïs ?

Quelle "émancipation" ?

Elle était où, l’émancipation, quand il est patent que les destinataires de ce type de médicaments ont été constamment induites en erreur relativement à leur innocuité ?

  • A partir des années 1990, la promotion des pilules de 3e génération s’est faite sur l’argument - rétrospectivement controuvé - d’un risque thrombo-embolique diminué : mais jusqu’alors, qui avait averti les femmes - ou leurs partenaires - que l’utilisation d’une contraception orale les exposait à un tel risque, parfois fatal [18] ?
  • A partir des années 2000, la promotion des pilules de 4e génération s’est faite sur l’argument de "la seule contraception orale" évitant la prise de poids : mais jusqu’alors, comment étaient reçues les femmes qui croyaient bon de se plaindre à leur médecin qu’elles avaient grossi sous pilule [19] ?
  • Les temps ayant changé, je suis frappé du nombre de jeunes femmes qui me confient se sentir "castrées" sous pilule, impression dont il ne serait pas bien difficile de trouver une explication pharmacologique. Balivernes, cependant, rétorquent nos super sexologues du moment, qui soutiennent que "les nouvelles pilules montrent une quasi absence d’effets sur la libido" par contraste, cela va de soi, avec les pilules précédentes qui avaient "un même impact très fort sur la libido, en raison de [leur] dosage hormonal" (c’est moi qui souligne) [20]. Mais aux temps censément révolus de ces pilules apparemment surdosées, qui se souvient de la façon dont étaient traitées [21] les femmes assez connes pour évoquer un impact "très fort" sur leur libido ? Et qui, aujourd’hui, confierait le destin de son corps sexué à des "spécialistes" qui assument de façon aussi éhontée l’abomination de leurs mensonges historiques [22] ?

Quitte à prendre un médicament comme les autres

Attendu par conséquent que les pilules contraceptives sont des médicaments comme les autres - à ceci près qu’ils sont administrés à des femmes en parfaite santé qui ne sont menacées d’aucune maladie à guérir ou à prévenir - il importe à présent de revenir au schéma conceptuel qui doit normalement s’appliquer à n’importe quel médicament : quel bénéfice, quel risque ?

Le risque, on commence à l’apercevoir : il reste néanmoins beaucoup d’efforts à faire pour l’inventorier avec un minimum d’exhaustivité.

Quant au bénéfice, on peut en envisager deux a priori : 1/ contraception optimisée ; 2/ épanouissement de la sexualité.

  1. En France, le nombre de naissances par femme a régulièrement diminué depuis la fin du XVIIIe siècle, et rien n’autorise à penser que l’autorisation de la contraception orale (décembre 1967) ait permis une réduction complémentaire par rapport aux niveaux atteints entre les deux guerres [23].
  2. Je laisse à chacun le soin d’apprécier, en son âme et conscience, s’il existe des raisons convaincantes pour croire que l’équilibre érotique des contemporains ait fait l’objet d’une significative amélioration relativement à celui de nos grands-parents ou de ceux qui ont précédé...

Dans cette perspective, je laisse en particulier chacun interpréter le déni obstiné [24] des risques et inconvénients de la pilule à l’aune du mythe féministe aussi risible qu’indécent qu’avant la mise au point de cette merveille hormonale, toutes les femmes de tous les temps et de tous les pays auraient été des mal baisées [25].

[1] Euphémisme : un correspondant me signale que, lors d’un récent exposé à Paris, l’excellent Göetzsche a comparé les lobbies pharmaceutiques au "crime organisé".

[2] Le Figaro.fr, 16/07/09.

[3] Fût-ce avec le sponsoring des lobbies qu’ils prétendent dénoncer...

[4] Et à... - disons (pour ne pas risquer la diffamation) : "rassembler" des plaignants...

[5] Rappelons à toutes fins utiles que dans l’affaire hormone de croissance où des témoignages faisaient état du matériel de fabrication trempouillant dans les lavabos plus ou moins javellisés de l’Institut Pasteur, l’ordonnance de renvoi - prélude à une relaxe annoncée (au moins par l’auteur de ces lignes...) - n’avait même visé aucun manquement à la réglementation pharmaceutique sans que cela gêne le moins du monde les avocats "spécialistes" qui prétendent inscrire ce désastre judiciaire (16 ans d’instruction...) au titre glorieux de leurs références en matière de santé publique...

[6] Lancet 2002 ; 360 : 391

[7] Europe 1, 09/01/13

[8] BMJ 2000 ; 321 : 477-9

[9] On retrouve le même type d’argument de débiles parlant aux sous-débiles avec "cette espèce de panique" autour du vaccin contre l’hépatite B, dénoncée par l’ANSM et ses séides comme pseudo-scandale franco-français quand la totalité des études sérieuses qui l’ont déclenchée sont d’origine étrangère, telle cette étude de Hernan et coll. (2004) réalisée par des Américains à partir d’une base de données britannique : on fait mieux en matière de made in France...

[10] Tels ces collaboratrices d’un grand quotidien qui, sous prétexte de Diane, fournissent à deux des responsables le plus sévèrement étrillés par la Commission Autain une occasion de se refaire une virginité de lanceurs d’alerte à l’occasion d’un scandale multidécennal notoire qui ne les avait jamais empêchés de dormir auparavant.

[11] Pour avoir été, à mes seuls risques et périls, expert judiciaire dans l’affaire Bayer (qui a débouché sur un non lieu malgré l’énormité des preuves) et dans quelques autres grandes affaires de santé publique (où la procrastination naturelle des juges vaut pour une garantie de relaxe à tous coups), je pense avoir une expérience suffisante de ces responsables d’associations plus prompts à exploiter la misère ou la jobardise humaine qu’à contribuer à quelque authentique réparation que ce soit.

[12] Dans une interview contemporaine de la présente rédaction, l’un des principaux responsables d’association ne craint pas d’affirmer sans rire : "un nouveau scandale sanitaire aussi important que celui du médiator". Etrange lapsus, en vérité, que de se référer ainsi à une affaire où pas plus de 5% des victimes ne se sont vu proposer une indemnisation : ce, non pas principalement à cause d’experts indignes, mais - n’en déplaise à Touraine, Bapt et aux vautours incapables d’autre chose que de fantasmer sur une indemnisation de masse facile où ils auraient leur pourcentage (d’où leur intérêt à gonfler le nombre de "victimes") - pour des raisons technico-judiciaires parfaitement prévisibles, prévues et dûment annoncées...

[13] Ouvrant ensuite l’accès aux articles princeps par le biais du "référencement croisé".

[14] Libération, 11/04/99

[15] M.Winckler, Contraceptions mode d’emploi, Au Diable Vauvert, 2003 : p. 185.

[16] Ibid. p. 180.

[17] Directive CEE/65/65du 26/01/65, transposée en droit français par l’ordonnance du 23/09/67.

[18] Et identifié dès 1961, soit dans l’année suivant la première mise sur le marché mondial.

[19] Libération, 11/04/99.

[20] Ph. Brenot, "Contraception masculine", Gynécologie pratique 2012 ; n°250 : 20.

[21] Par leur médecin... ou par leurs copines.

[22] Sachant que le ridicule ne tue pas, on appréciera la scientificité des promoteurs de la contraception médicalisée le jour où l’on fera un inventaire comparatif de leurs arguments visant à démentir l’impact dommageable de la pilule sur la libido des utilisatrices... La lutte pour la médaille d’or de la sottise sera rude, avec toutefois un petit avantage pour Winckler.

[23] Leridon H et coll, La seconde révolution contraceptive. La régulation des naissances en France de 1950 à 1985, INED, Travaux et documents, cahier n°117, PUF, 1982.

[24] Obstination qui n’en ressort que plus clairement des biais et des occultations de l’actuelle médiatisation. En particulier et n’en déplaise aux médecins-amis-des-femmes acharnés à promouvoir "des contraceptions indépendantes de la volonté" qui réduirait celles-ci au statut de femelles décérébrées juste disponibles comme il faut, rien n’indique que les autres méthodes médicalisées de contraception (stérilet, implants...) aient une quelconque supériorité de sécurité relativement aux pilules estro-progestatives.

[25] M. Girard, La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne, Edité par l’auteur, 2013.


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