Site Web du Dr Marc GIRARD

La réforme du médicament

Débat France Inter du 31/07/11
mardi 4 octobre 2011 par Marc Girard

Nous nous étions retrouvés sur France Inter le dimanche matin 31/07/11, entre 8h15 et 8h45, pour l’émission Les petits matins de l’été (FM 87,8). L’émission était animée par Clélie Mathias ; le thème était "la réforme du médicament". Les autres participants invités étaient le Prof. Bernard Debré et le député Gérard Bapt.

Comme promis en son temps mais avec un certain retard qui n’altère pas l’actualité du propos, je récapitule dans l’article ci-après l’essentiel de ce qui s’est dit - et de ce qui aurait pu se dire encore...

Le hasard fait que cet article est posté le jour même (04/10/11) où la pseudo réforme est votée en première lecture à l’Assemblée. Ce sera donc ma façon personnelle de fêter cette immense mascarade, qui solde un an d’escroquerie médiatico-politique visant à diaboliser Servier pour esquiver les vrais problèmes : par exemple à faire chasser sa lobbyiste de l’Assemblée tout en cherchant à dissimuler qu’on a soi-même fondé un "club" de distingués Parlementaires (certains notoirement liés avec les fabricants) financé par des géants de l’industrie pharmaceutique auprès desquels le numéro 2 français a des allures de nabot...

Dans l’entre temps, une aimable correspondante m’a communiqué le lien donnant accès à l’enregistrement de ce débat.

Un piège à cons

Depuis le début, je l’ai dit publiquement - et même à la télé : l’affaire Médiator n’est qu’un "piège à cons".

  • Si tel n’était pas le cas, pourquoi continuerait-on à présenter comme un drame sans précédent une histoire qui aurait fait de 400 à 2000 morts sur 35 ans, quand on attend toujours la moindre commission d’enquête sur Vioxx ou Avandia (pour ne parler que de ces deux médicaments-là), suspects d’en avoir causé bien davantage en bien moins de temps (respectivement 5 et 8 ans...) [1].
  • Si tel n’était pas le cas, pourquoi, au nom d’une cause réputée désormais sacrée - la chasse aux conflits d’intérêts - aurait-on remplacé un directeur général issu du conseil d’Etat par le directeur de l’Institut National du Cancer (INCa) - quand il est notoire que la cancérologie est l’un des milieux médicaux qui entretient le plus de liens d’intérêts avec les firmes pharmaceutiques [2] : dans un rapport daté de 2009, la Cour des Comptes a sérieusement épinglé l’INCa (par conséquant aussi : son directeur d’alors) pour une certaine désinvolture dans la gestion des conflits d’intérêts [3]...

La réalité, c’est que - comme attendu d’ailleurs - cette grossière opération de communication, qui visait notamment à rétablir la confiance du public sérieusement ébranlée par l’affaire H1N1, a ouvert la voie d’une brutalisation des pratiques pharmaceutiques en une accélération effrayante de tous les mécanismes qui ont rendu possible le micro-scandale Médiator. C’est ainsi - exemple révélateur - qu’en janvier 2010, les autorités sanitaires s’étaient vues contredites par le Conseil d’Etat pour avoir retiré du marché le gel Kétum après plus de 10 ans de guérilla contre le titulaire d’AMM, quand il leur suffit maintenant d’un claquement de doigts pour retirer Noctran (un produit du même Laboratoire) et qu’on voit mal, cette fois, une quelconque censure du Conseil d’Etat à présent que le nouveau directeur de l’AFSSAPS, avec l’appui désintéressé du Figaro (06/07/11), s’est amusé à affoler les foules en clamant urbi et orbi que "on jou[ait] avec le feu".

S’étant ainsi fait la main en profitant du climat qu’elles se sont acharnées à créer à propos de Médiator - avec l’aide des propagandistes à la solde, des jobards toujours satisfaits pourvu qu’on parle d’eux et des révolutionnaires qui voteraient pour le Roi des Cons s’il se présentait aux élections - , les mêmes autorités peuvent maintenant annoncer la première grande purge, à savoir le déremboursement de 650 produits - du jamais vu dans l’histoire de la pharmacie française -, comme par hasard tous anciens. De la sorte, il est enfin devenu possible de passer à l’échelle industrielle - la "solution finale" - dans une stratégie que je n’ai cessé de dénoncer depuis déjà longtemps [4], à savoir débarrasser le marché - sous les pires prétextes et les applaudissements de la revue Prescrire ou des mutuelles - des produits anciens, d’usage souvent bien établi et de prix faible. L’enjeu étant de laisser le champ libre aux "innovations" et de parachever la concentration du monde pharmaceutique entre les mains (je devrais dire : les griffes) de quelques prédateurs dotés désormais de "la taille critique" qui leur permet d’imposer leur loi : imprimer une effarante accélération au processus d’autorisation et obtenir des prix de remboursement exorbitants pour des médicaments nouveaux dont le bénéfice reste à démontrer et dont les risques sont peu ou prou ignorés - quand ils ne sont pas carrément niés [5] - en attendant la prochaine étape qui sera celle d’une prescription cette fois obligatoire [6]...

Mais le piège de l’hystérie médiatique commence à se refermer sur les chevaliers blancs qui ne savent pas quoi inventer pour faire parler d’eux.

  • Qui de sérieux s’imagine qu’une fois chassée du Parlement la lobbyiste de Servier [7], l’atmosphère y soit soudain devenue pure et désintéressée [8] ? Dans son iniquité flagrante, la mesure apparaît tellement incongrue que même la presse la moins critique avec l’entourloupe Médiator finit par se poser des questions.
  • Alors que chaque jour ou presque apporte son lot de nouveaux scandales sanitaires, qui de sérieux croit que Servier ait le monopole des études mal faites [9], des AMM de complaisance, des remboursements indécents ou des dépassements d’indication laissés impunis - voire objectivement encouragés - par l’autorité sanitaire ?
  • Qui de sérieux ne remarque que Xavier Bertrand a juré ses grands dieux qu’aucune administration européenne ne lui imposerait le retour d’Actos sur le marché français quand, mis au défi par Catherine Lemorton d’imposer des études comparatives entre les nouveaux médicaments et les anciens, le même se réfugie derrière une réglementation européenne cette fois incontournable pour décliner l’idée [10] ?...

Une erreur de diagnostic

Que, naguère prestigieux [11], le monde pharmaceutique soit un grand malade, quel professionnel le nierait ? Mais, faute d’avoir l’élémentaire professionnalisme requis, les charlatans qui se sont emparés du patient ont commencé par se tromper - et lourdement - sur le diagnostic. Sans entrer dans un détail que le lecteur intéressé peut facilement reconstituer sur la base des écrits que j’ai publiés depuis le début de l’affaire Médiator, deux citations suffiront, extraites du "Rapport de la mission sur la refonte du système français de contrôle de l’efficacité et de la sécurité des médicaments" [12] dont la légèreté de fond comme de forme a littéralement abasourdi tous les professionnels du secteur dont j’ai eu à connaître les réactions [13].

  • "La diffusion récente (...) d’une liste de médicaments "sous surveillance renforcée" de la part de l’AFSSAPS, est un terrible aveu involontaire et pathétique d’incompétence (...)" (p.7). Mais comme je l’ai expliqué sur ce site même, cette liste est pour l’essentiel la conséquence automatique du Plan de gestion des risques auquel la réglementation européenne a assujetti tous les médicaments nouveaux depuis "l’affaire Bayer" (cérivastatine). Présenter cette disposition systématique de la réglementation comme un renforcement discriminatif de la surveillance après commercialisation était sans doute une entourloupe d’une administration sanitaire plus soucieuse de propagande que de sécurité sanitaire ; mais ignorer la réglementation européenne au point de passer complètement à côté du problème posé en faisant de cette liste un gadget franco-français, c’était témoigner d’une incompétence particulièrement "pathétique" chez des experts supposés réfléchir à la "refonte" d’un système dont ils ignorent aussi manifestement les mécanismes les plus basiques [14] .
  • "Pour mettre en place l’indispensable réglementation que chacun attend" (p.56) : le seul problème est que la réglementation d’ores et déjà existante, parfois depuis des décennies, fait déjà des milliers de pages. Si au lieu d’accréditer la thèse Café du commerce consistant à conforter les gens simples qui croient que le monde du médicament, ce sont des visiteurs qui viennent décharger leurs valises de médicaments sur les étagères des officines, nos "experts" s’étaient donné la peine d’étudier cette réglementation existante afin d’en comprendre les dysfonctionnements, cela leur aurait évité le "pathétique" additionnel de centrer le titre de leur rapport sur le "système français" alors que ce système est pour l’essentiel contraint par une réglementation européenne profuse dont ils ne connaissent manifestement pas le premier mot [15].

Parmi les autres marabouts douteux appelés au chevet du malade, on prendra quand même le temps de citer - outre, évidemment, le Petit Poucet brestois toujours ravi qu’on l’invite à jaser [16]- cet universitaire religieusement auditionné comme vieux sage par les parlementaires, malgré l’inconvénient biographique d’avoir cumulé les rôles de coauteur de la sinistre étude IPPHS et de responsable indéboulonnable de la pharmacovigilance française [17] : coresponsable éminent, à ce titre, du processus de substitution qui a permis aux ventes de Médiator d’exploser une fois les anorexigènes amphétaminiques indûment entraînés dans la débâcle des fenfluramines commercialisées par Servier, en 1997. On pouvait certes rêver plus crédible pour reconnaître les causes du mal profond dont Médiator ne fut un symptôme que très secondaire.

Une erreur de traitement

Il n’est pas besoin d’avoir fait huit années d’études de médecine - et encore moins une spécialisation - pour comprendre qu’un traitement n’a aucune chance de réussir s’il a été décidé sur la base d’un diagnostic erroné.

A titre d’exemple, je passerai rapidement sur une des recommandations du "Rapport " cité à la section précédente, et qui a justement choqué nombre des professionnels effectivement impliqués dans le monde pharmaceutique : je veux parler de la proposition aussi succincte que catégorique selon laquelle l’Agence du médicament devrait "impérativement" être dirigée par un médecin. J’ai omis plus haut de préciser qu’outre la maladresse d’avoir choisi le directeur de l’INCa pour remplacer un conseiller d’Etat à la direction générale de l’AFSSAPS, le choix d’un médecin [18] n’était certainement pas des plus heureux. On s’excuse d’avoir à rappeler qu’historiquement, scientifiquement et éthiquement, la mise au point de médicaments (qui est quand même le job central de l’AFSSAPS) est une affaire de pharmaciens et que la dégradation spectaculaire du monde pharmaceutique à partir des années 1980 coïncide, comme par hasard, avec le recrutement massif de médecins à des postes de responsabilité [19] dans cette industrie à laquelle rien ne les a préparés [20]

S’il s’agit maintenant d’inventorier les principales propositions de la mission d’enquête de l’Assemblée nationale - ou de ses porte-parole les plus médiatisés -, force est de constater que derrière la phraséologie démagogique visant à accréditer que plus rien ne sera comme avant, on s’est borné à une reprise psittacique - à ce titre très inquiétante - de toutes les propositions des lobbies pharmaceutiques :

  • davantage de pharmacovigilance (proposition dont j’ai déjà montré la perversité) ;
  • davantage d’études pharmaco-épidémiologiques (aussi crédibles que celles de la CNAM qui font ricaner nos voisins européens, comme illustré par les vicissitudes d’Actos) [21] dans la plus éminente revue médicale internationale ;
  • "désencombrement thérapeutique" en accélérant le retrait des vieux médicaments (comme par hasard les moins chers et bien souvent les mieux étudiés) ;
  • participation des consommateurs et des associations de patients [22] ;
  • réduction de la visite médicale [23] ;
  • mise en oeuvre plus systématique du principe de précaution : au lecteur qui n’aurait pas connaissance de mes précédents écrits sur le sujet [24], je signale que, né de préoccupations environnementales, le principe de précaution n’a quasiment aucune place en médecine et qu’il y fonctionne, en pratique, comme cache-misère à chaque fois que les violations du principe hippocratique de prudence (bien plus restrictif que le principe de précaution) se révèlent dans leurs conséquences dramatiques.

On me permettra de ne pas m’attarder sur des propositions annexes où l’incongruité le dispute au ridicule : prendre l’Ordre des médecins comme garant du contrôle des conflits d’intérêts, mieux écouter la revue Prescrire [25]...

En revanche, je serai un peu plus disert sur une dernière proposition - faciliter l’intervention des politiques dans les affaires pharmaceutiques - qui me paraît exemplaire de l’état de décomposition où peut conduire une action politique désormais partie intégrante de "la société du spectacle".

  • Ce serait sans doute une intéressante histoire à écrire que celle de la pharmacie relativement à ses relations avec les autorités politiques : sans revenir au précédent connu de Louis XIV promouvant l’antimoine au mépris de l’avis - cette fois fondé - émis par la Faculté de médecine, faut-il rappeler la proximité pas forcément démocratique entre F. Mitterand et F. Dalle, celle entre J. Chirac et A. Mérieux et celle, d’actualité, entre N. Sarkozy et J. Servier ?
  • Quid de la séparation des pouvoirs ? Que dirait-on si un Parlementaire revendiquait symétriquement le droit des politiques de peser sur le cours de la justice ?
  • Sur la base du présent bilan - étoffé des autres écrits que j’ai consacrés à l’affaire Médiator (pour ne point revenir au rapport parlementaire sur la grippe H1N1), on ne peut pas dire que - même quand ils sont professionnels de santé - les Parlementaires qui ont prétendu se mêler de réglementation pharmaceutique ait brillé par la justesse de leur vue ou la qualité de leur information : de quel droit, sur la base de quelle science infuse prétendraient-ils intervenir dans un domaine dont la complexité technico-réglementaire ressort encore mieux en regard de la pauvreté des contributions qu’ils y ont consacrées toutes ces dernières années ?
  • Alors donc que, dans leur ensemble, les Parlementaires ont ainsi donné mille preuves de leur incapacité à intervenir à bon escient dans les affaires technico-réglementaires de la pharmacie, que penser, par contraste, de leur scandaleuse incapacité à prendre effectivement leurs responsabilités dans des affaires connexes, mais qui relèvent bien, cette fois, du politique - et exclusivement du politique - puisqu’elles n’appellent aucune expertise et ressortissent à la simple application d’une loi qu’ils ont votée et qui se trouve mise en échec pour des motifs dont le mercantilisme sordide saute aux yeux ?

Il faut arrêter de se moquer du monde. Il faut arrêter de se poser en pourfendeurs de faux scandales pour détourner l’attention des gens dissimuler la triste réalité : à savoir que les Parlementaires ne sont plus capables d’autre chose que se coucher devant les plus grossiers diktats des lobbies.

Conclusion : incompétence et politique

Mes lecteurs fidèles ne me le contesteront pas : 1/ quoique peu intimidé par la controverse, je répugne aux querelles de personnes ; 2/ lorsqu’il est difficile de les contourner, je répugne encore plus citer nominativement mes cibles (on ne trouvera pas beaucoup de noms propres dans mes écrits) ; 3/ je n’évoque des circonstances personnelles que dans la mesure où je suis en mesure d’en abstraire une signification de portée générale. Il s’avère que cette émission de France-Inter du 31/07/11 réunit les conditions pour franchir ces trois limites, attendu que les insultes que Bernard Debré s’est permises à mon égard dès les premières minutes et qu’il a complétées ensuite sont porteuses d’une signification à mon avis tristement générale et indubitablement plus préjudiciable à la crédibilité de mon contradicteur qu’à la mienne.

  • Cette propension à l’invective en lieu et place de réfutations argumentées en dit long sur la culture médicale de l’intéressé : après tout, que Bernard Debré reprenne les données scientifiques sous-tendant les traitements anticancéreux qu’il prescrit à ses patients, qu’il inventorie le financement réel des études disponibles et qu’il parcoure, également, la presse économique pour examiner si le bénéfice au mieux très modeste [26] des nouveaux anticancéreux justifie que ce secteur soit l’un des plus lucratifs de l’industrie pharmaceutique. Tous les professionnels qui m’ont contacté après l’émission, d’autre part, se sont dits sidérés par l’enthousiasme puéril du député à l’endroit de principes méthodologiques (essais cliniques "en double aveugle") présentés comme innovations législatives majeures alors qu’ils sont inscrits dans les textes et la pratique depuis des décennies : un peu comme un gamin qui vient d’apprendre ses lettres dans le syllabaire et qui, pendu aux jupes de sa mère, découvre émerveillé qu’on peut reconnaître des mots sur la vitrine des magasins...
  • Dans un débat à trois où j’étais le seul à pouvoir justifier d’une expérience pharmaceutique réelle, il eût été prudent que B. Debré s’abstienne de démasquer son incurie politique :
    • alors même qu’il n’était personnellement absolument pas mis en cause par mon propos initial visant les liens d’intérêts du milieu cancérologique, on s’étonne de voir un parlementaire doté d’un tel pedigree [27] incapable de contredire un interlocuteur autrement qu’en l’invectivant d’emblée ("imbécilités") ;
    • en dénigrant de principe le propos d’un expert qui n’aurait aucune peine à justifier ses allégations par des faits précis et vérifiables [28], Debré témoigne avec éclat qu’il est dépourvu de la plus haute vertu qu’on attend d’un politique, à savoir l’aptitude à discriminer entre les avis divergents ou à arbitrer les situations de controverse, et certainement pas une propension réflexe à calomnier - grossièrement, en plus ("sans aucun intérêt") - au seul motif d’une antipathie personnelle.

Et comme il y a probablement une Justice immanente au Royaume où des médecins bornés font également office d’hommes politiques médiocres, Debré démasque sans honte sa propension falsifier le passé [29] en affirmant qu’il a été "le seul" à s’opposer à la vaccination H1N1. Rappelons pour mémoire que si personne ne lui conteste le joli néologisme de "grippette", il n’a certainement pas été le premier à dénoncer comme très exagérée l’alerte grippale de 2009 et que, d’autre part, il n’a pas craint d’afficher une belle inconséquence médicale en recommandant - nonobstant cette bénignité - la vaccination de tous les enfants d’âge scolaire :

"Pour des raisons de promiscuité les écoliers, les collégiens et les lycéens doivent se faire vacciner" (France Soir, 26/11/09).

On pourra méditer sur le nombre de narcolepsies infantiles que l’on aurait en France si les recommandations de Bernard Debré avaient été suivies...

Brisons là : dans un prochain article, je reviendrai de façon plus générale - encore plus "abstraite" - sur la compétence (ou l’incompétence) des politiques. In petto au moins, je saurai gré à mon contradicteur de m’en avoir inspiré l’essentiel...

[1] Et je ne parle pas des médicaments qui posent au moins autant de problèmes que ces deux-là, tout en coulant une belle carrière aux frais de la Sécu et sans se voir, eux, le moins du monde menacés du moindre retrait...

[2] On relève à ce sujet que, même si sa déclaration est un chef-d’oeuvre de jésuitisme, l’intéressé lui-même ne nie pas au moins certains de ses liens, quand sa désignation avait d’abord été justifiée dans la presse par une absence totale de conflits d’intérêts (France Soir, 08/02/11).

[3] Au titre de la réassurance que la désignation de l’ancien directeur de l’INCa est supposée véhiculer en matière de moralisation sanitaire, on s’abstiendra aussi d’ironiser sur l’implication de cet institut dans une entreprise de grande envergure dont la moralité reste à démontrer, à savoir la promotion coûte que coûte d’un dépistage mammographique dont le bénéfice reste à démontrer.

[4] Girard M. "L’innovation thérapeutique, critère à géométrie variable", Décision Santé 1992 ;16:22-23.

[5] Faut-il rappeler le précédent des vaccins anti-H1N1 ?

[6] "Pourquoi ne pas rendre les vaccins obligatoires ?" (Le Figaro, 12/09/11) : pourquoi pas, en effet, surtout quand l’auteur de la proposition n’est autre que l’expert qui n’a pas craint de démentir la moindre alerte "narcolepsie" avec les vaccins antigrippaux (Le Parisien, 23/09/10) ?...

[7] Le Parisien, 29/09/11.

[8] Surtout quand les plus zélés pourfendeurs de conflits d’intérêts se font eux-mêmes prendre la main dans le sac, et qu’ils n’ont même pas l’élégance de s’en sortir dans la transparence en admettant leur imprudence.

[9] Celles de la CNAM n’ont rien à lui envier...

[10] JIM.fr, 29/09/11.

[11] Faut-il rappeler que, jusque vers les années 1980, l’industrie pharmaceutique à elle seule comptait à peu près autant de Prix Nobel de médecine que le secteur public ?

[12] Cosigné par celui de mes deux interlocuteurs du jour (31/07/11) qui clame, mais sans le démontrer, que mes "imbécilités" n’ont aucun intérêt...

[13] Et dont on s’étonne qu’il ne fasse état, apparemment, d’aucune lettre de mission - indicateur intéressant de la précipitation qui a présidé à sa rédaction.

[14] En page 72 de leur rapport, les auteurs font allusion à ce "plan de gestion des risques", tout en soutenant que cette idée est mise en échec par la liste des médicaments sous surveillance "renforcée" : ils n’ont clairement pas compris que cette liste était, pour l’essentiel, celle des médicaments qui sont justement soumis à un plan de gestion des risques !

[15] Sachant de plus que, bien que les principaux acteurs politiques et médiatiques du "scandale" Médiator se soient obstinés à l’ignorer, ledit scandale s’origine dans une histoire ancienne et complexe caractérisée par un haut degré de dysfonctionnement au niveau des autorités européennes.

[16] Et qui, fidèle à sa conviction d’avoir à soi seul évité un "troisième" scandale pharmaceutique, ne croise par ailleurs que des universitaires enseignant "avec classe, humour et intelligence" dans des services évidemment "prestigieux", des experts forcément "éminents", des hospitaliers alliant, outre une "barbe noire", "un savoir encyclopédique (...) et une intégrité frisant l’intransigeance" côtoyant des médecins au "regard pétillant par dessus sa petite moustache", sans parler des consoeurs "brunes et jolies comme un coeur" : abandonnant de la sorte ses lecteurs à des tensions d’esprit démesurées relativement aux caractéristiques morphologiques et à l’habitat de cette espèce, probablement en voie d’extinction, des professionnels de santé lesquels, moyennant des dépassements d’honoraires le cas échéant, prescrivent à tour de bras tous ces médicaments et biens de santé douteux (anticholestérols, vaccins multivalents, antiAlzheimer, psychotropes, dépistages mammographiques et autres...) qui ruinent l’assurance maladie et qui sont au coeur des problèmes dont on parle ici...

[17] Notamment avec le soutien financier actif de Servier dans certaines de ses oeuvres...

[18] Quoique ce ne fut pas la première fois dans l’histoire de l’Agence.

[19] Je précise à mes lecteurs/auditeurs mal intentionnés ou trop pressés que je n’ai jamais contesté une certaine place des médecins dans l’univers pharmaceutique, par exemple dans les départements de pharmacovigilance ou de recherche clinique. Ce qui me paraît extrêmement néfaste, en revanche, c’est la tendance actuelle (correspondant, historiquement, à un brutal retour en arrière) de l’industrie pharmaceutique actuelle et des instances réglementaires correspondantes, qui met la majorité des pharmaciens en position de subordination par rapport aux médecins.

[20] On note qu’avec un illogisme préoccupant, les auteurs du rapport ont néanmoins admis que les médecins "ne savent rien" du métier de pharmacien (p. 59), ce qui est exactement mon propos. Mais il est non moins patent, dans ce passage, que les auteurs pensaient à cet endroit aux pharmaciens d’officine, effectivement partenaires naturels des médecins praticiens, alors qu’à aucun moment ils ne semblent s’être interrogés sur le rôle du pharmacien industriel : cependant, les études de pharmacie ont, depuis belle lurette, prévu des formations distinctes relativement à ces deux orientations...

[21] Pour mesurer la crédibilité de cette mission "d’enquête" parlementaire, rappelons qu’en dernière analyse, le succès commercial de Médiator découlait déjà très directement de la mise en place d’une étude pharmaco-épidémiologique, la fameuse étude IPPHS - qualifiée en son temps de "nec plus ultra en matière d’étude cas/témoin". A titre subsidiaire, rappelons ce que savent tous les vrais professionnels de l’industrie pharmaceutique, à savoir qu’en pratique, les études de pharmaco-épidémiologie françaises sont un monopole de fait du principal investigateur de cette étude. On prend les mêmes et on recommence ?...

[22] M. Girard, Médicaments dangereux : à qui la faute ?, Escalquens, Dangles, 2011 : pp. 108-111.

[23] M. Girard, Médicaments dangereux..., p. 109.

[24] M. Girard, Alertes grippales : comprendre et choisir, Escalquens, Dangles, 2009 : chap. 4.

[25] Dont le rédacteur en chef, voici encore quelques jours à peine (ICI, à 43’30’’) et avec son impayable suffisance, stigmatisait comme débiles ou vendus ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, jugent quand même que les éléments de fait disponibles ne permettent pas de faire une absolue confiance à l’industrie des génériques.

[26] Garattini, S. and V. Bertele, Efficacy, safety, and cost of new anticancer drugs. BMJ, 2002. 325(7358) : p. 269-71.

[27] Petit-fils du réformateur des études de médecine, fils du père de la Constitution, frère du président du Conseil constitutionnel...

[28] Si Debré connaissait mieux le milieu dont il parle, il saurait que dès 1994, dans une revue destinée à des professionnels (Droit et Pharmacie Actualités, 1994 ;5 : 13-15), j’ironisais déjà - avec une raison confirmée par la suite - sur la faisabilité de ce qu’il nous présente 17 ans plus tard comme le nec plus ultra de la pseudo-réforme, à savoir l’obligation pour l’industrie de rédiger rapidement les rapports des études qu’elle a réalisées.

[29] Lorsqu’on prend des positions intellectuellement ou éthiquement intenables, quoi de plus pratique que la falsification rétrospective pour esquiver les gifles du Réel ?


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