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Grippe porcine : joyeux anniversaire !

mercredi 28 avril 2010 par Marc Girard

Si j’en crois la presse, le 27 avril serait la date anniversaire du moment où la grippe porcine s’est trouvée médiatisée. Je ne m’en souviens pas au jour près, mais il est aisément documentable, en revanche, que pour ce qui concerne mon humble contribution à toute cette histoire, la date anniversaire, c’est aujourd’hui : c’est bien le 28 avril 2009, en effet, que pour la première fois et à la demande de France 24, je suis intervenu publiquement sur ce sujet qui allait prendre les proportions que l’on sait.

Ces deux interventions télévisées (en anglais (http://www.france24.com/en/20090428...) et en français (http://www.france24.com/fr/20090428...)) étant encore sur le site de la chaîne, il est facile de vérifier ce qui s’y est dit.

  • Il a été d’emblée posé que cette supercherie naissante s’inscrivait dans une continuité historique de mystifications similaires, au premier rand desquelles j’ai rappelé le précédent de la grippe aviaire (1’27’’ de la séquence française).
  • Le précédent de 1918 y a été réfuté comme ridiculement non pertinent (6’10’’), l’information sur la pandémie étant ensuite caractérisée comme une « rhétorique d’intimidation » (11’).
  • La virulence du virus était déjà mise en doute (4’05’’ ; 6’50’’) : rappelons que, dès le lendemain, le décompte des morts au Mexique allait se trouver abruptement ramené de plus de 200 à sept seulement…
  • Il a été soutenu qu’à l’évidence, une telle supercherie pouvait rapporter gros à certains (5’ et 10’) : « à qui ça profite ? ».
  • La question de l’allocation de ressources a également été répétitivement soulignée (8’20’’ ; 9’55’’), notamment quant à l’intérêt tant des antiviraux comme Tamiflu (8’30) que d’une vaccination (10’30).
  • Les conflits d’intérêts y ont été pointés sans la moindre ambiguïté (10’05’’).

Je laisse mes fidèles lecteurs juger la pertinence, la validité et la durabilité des constats pourtant préliminaires qui ont été posés ce jour-là : pour autant qu’on le sache, en tout cas, les « commissions d’enquête » depuis mises en place à grand bruit n’iront pas aussi loin, même avec le recul d’une année…

Le scoop du présent anniversaire, cependant, c’est que lorsque France 24 m’avait contacté, j’avais spontanément refusé de participer, au motif avoué… de ma parfaite incompétence sur les thèmes de l’espèce (virologie, immunologie, épidémiologie de la grippe…). Ce n’est que sur l’argument d’une discussion concernant les vaccins que je me suis finalement laissé convaincre…

C’est dire, par conséquent, que le diagnostic dont les principaux éléments viennent d’être rappelés était à la portée d’à peu près n’importe qui doté d’un minimum de culture médicale. Faut-il même commenter [1] ?...

Ce bref rappel permet de mettre en perspective les rodomontades tardives de ceux qui – eux – avaient bien la compétence ou le pouvoir de prendre le leadership d’une contre-information et qui, au contraire de ce qu’ils soutiennent aujourd’hui sans vergogne, se sont distingués par un discours disloqué dont ils prétendent aujourd’hui ne garder que les éléments rétrospectivement validés par l’histoire.

N’en déplaise à Gentilini, par exemple, on n’a jamais entendu chez lui un discours tranché ni sur la réalité d’une pandémie, ni sur le risque d’une vaccination bâclée : recommander qu’on déporte l’allocation de moyens vers les pays du Tiers-Monde (Le Monde, 06/08/09), c’était justement valider la réalité d’un risque pandémique et ignorer que si ces vaccins n’étaient déjà pas assez sûrs pour nous, ils l’étaient encore moins pour des gens en moins bon état de santé… Et quid, dans la bouche du même, de cette assertion qui contredit l’essentiel des données disponibles : « compte tenu de l’expérience acquise avec le vaccin saisonnier, les laboratoires savent faire » (Rue 89, 19/12/09). Si l’ancien président de l’Académie de médecine n’était pas satisfait avec les évaluations tristement antagonistes de la fondation Cochrane, il aurait pu les attaquer « à la loyale », c’est-à-dire en publiant des réfutations argumentées non dans les médias grand public mais dans le système de publication scientifique contrôlé par les pairs - et dont il ne fera croire à personne qu’il s’y trouve malmené... Et quid, enfin, de ce chef-d’œuvre de jésuitisme : « Je crois globalement à l’innocuité des vaccins, mais redoute que dans une vaccination de masse, il y ait des incidents collatéraux qui portent préjudice à l’image de la vaccination en général » (ibid).

Quant à Debré, il est exact qu’il a fini par évoquer une « grippette » (pas avant juillet, sauf erreur de mémoire). Mais, comme le précédent, il n’a jamais été capable d’inscrire cette dénonciation dans un discours univoque auquel les citoyens gravement désorientés par la perversité de leurs autorités eussent pu se référer. Rappelons quelques-unes de ses positions (France-Soir.fr, 26/11/09) :

  • « Les écoliers, les collégiens et les lycéens doivent se faire vacciner » (compte tenu du risque inhérent à n’importe quelle vaccination, quel est le rapport bénéfice/risque d’un vaccin contre une « grippette » – chez l’enfant surtout, normalement espèce protégée de la recherche clinique ?)
  • [Le vaccin comporte-t-il des risques ?] « Non. Il est normal qu’un vaccin provoque des effets secondaires. Certes, il a été fait dans l’urgence, mais il n’a pas été fait dans la précipitation. »
  • « Je pense qu’il y a eu hyperdramatisation des effets négatifs du vaccin ».

Certes – et cela lui a été suffisamment reproché par Bachelot – Debré (à la différence de Gentilini) n’est pas spécialiste de maladies infectieuses. Mais, comme je l’ai souligné plus haut, une évaluation correcte de la situation « pandémique » relevait d’une élémentaire culture médicale. De plus (et à la différence du précédent cette fois), il exerce lui des fonctions politiques éminentes et c’est à ce titre qu’il aurait pu intervenir avec autorité. Or, outre qu’on n’a pas l’impression qu’il ait adopté une position très venimeuse dans l’actuelle commission d’enquête parlementaire, il est resté strictement silencieux sur ce qui représente à mes yeux le plus grand scandale politique de toute cette histoire : le détournement de la puissance publique, via la réquisition, au profit des lobbies pharmaceutiques.

Les citoyens ne doivent pas tolérer que ceux de leurs représentants qui n’ont pas bronché devant un tel coup d’Etat se posent rétrospectivement en prophètes inspirés du Bien Public.

[1] Comme l’explique sur le site de l’INSERM JP Moatti sans une once de conscience quant à l’incongruité de son propos : "je pense que les médecins généralistes étaient initialement largement favorables à la vaccination H1N1, comme le montre une autre enquête réalisée durant l’été 2009 et précédemment publiée". Il existe aujourd’hui un quasi consensus sur l’idée d’une vaccination contre la grippe porcine était un piège à cons : et on trouve - à l’INSERM ! - de bons esprits arguant sentencieusement que pour y précipiter la majorité des gens, il eût suffit de s’en remettre aux généralistes... Voilà qui en dit long sur la compétence épidémiologique desdits généralistes et, globalement, sur leur crédibilité. Au fait, que disait Prescrire ? Et le Formindep ?


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